Air France : des engagements environnementaux très flous

Le 11 mai, Air France rouvrira trois de ses liaisons intérieures

Air France va-t-elle réduire ses vols intérieurs  ? C’est ce qu’a laissé entendre Bruno Le Maire, le ministre des Finances,  le 29 avril à l’Assemblée nationale.

« Nous voulons qu’Air France réduise de 50% son volume d’émission de CO2 sur ses vols en France métropolitaine d’ici 2024. Dès lors qu’il y a une alternative ferroviaire à des vols intérieurs avec une durée de moins de 2h 30, ces vols intérieurs devront être drastiquement réduits et limités simplement aux transferts vers un hub ».

Contrepartie environnementale

Il s’agirait là de la contrepartie demandée par l’État en échange de son plan d’aide : 7 milliards d’euros – 4 milliards de prêts bancaires garantis par l’État et 3 milliards de prêt direct de l’État.

L’avion émet 50 fois plus de C02 par kilomètre et par voyageur que le TGV.

Cette fermeté nouvelle du gouvernement surprend. Voici moins d’un an, il avait rejeté une proposition de loi déposée par Delphine Batho, l’ancienne ministre de l’écologie, François Ruffin et une dizaine de parlementaires insoumis qui allait en ce sens.

Signaux contradictoires

Cependant, les signaux envoyés par Air France restent contradictoires. La compagnie a annoncé qu’elle rouvrira ainsi trois destinations intérieures à partir du 11 mai au départ de Roissy : Bordeaux, Brest et Montpellier.

Or justement, Paris Bordeaux est l’exemple même de la liaison où le TGV l’emporte largement sur l’avion.

« J’espère que ce n’est pas la première action du plan permettant à Air France de devenir « la compagnie aérienne la plus verte du monde »

s’est indigné dans un tweet grinçant le député du Maine-et-Loire , Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de Nicolas Hulot et marcheur défroqué, puisqu’il a quitté la République en marche voici un an.

Liaisons intérieures déficitaires

Dans les couloirs de Bercy, on fait remarquer que la compagnie aérienne perd chaque année 200 millions sur son réseau domestique. Elle est concurrencée par le train, mais aussi par sa propre filiale low cost, Transavia. Air France a donc tout intérêt à réduire son offre pour rétablir ses comptes.

Dans un communiqué publié le 30 avril, le Réseau action climat écrit :

« L’annonce par Air France d’un objectif de réduction des émissions de CO2 de 50% en 2030 correspond à un engagement volontaire pris par l’entreprise en octobre 2019 et non contraignant. La stratégie d’Air France, à ce jour, est de miser en grande partie sur la réalisation de ces objectifs par le biais de la compensation carbone, sans réelle réduction des émissions. »

Le mécanisme de la compensation carbone permet de contrebalancer ses propres émissions par le financement de projets de séquestration de carbone ou de réduction d’autres émissions de CO2 . Grâce à ce dispositif économique, Air France peut donc continuer à polluer à bon compte.