Anne Hidalgo candidate en 2022 : le PS en rêve

Après la mairie de Paris, l’Élysée ? ©Horizon durable

Le parti socialiste a-t-il choisi celui ou celle qui portera ses couleurs à l’élection présidentielle de 2022 ? Officiellement, rien n’est décidé. Mais, coup sur coup, deux de ses dirigeants ont évoqué cette semaine l’éventualité d’une candidature d’Anne Hidalgo, la maire de Paris.

L’étoffe

D’abord Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée. Interrogée sur France info, le 23 décembre, la députée du Tarn et Garonne a déclaré :

Elle a l’étoffe pour être à la fois une bonne candidate et une bonne présidente. Elle incarne beaucoup de choses, elle a une vision, elle a fait ses preuves. »

Olivier Faure, le premier secrétaire du PS en a remis une couche le 27 décembre dans Le Parisien :

« L’évidence c’est qu’elle ferait une excellente présidente. »

Pas candidate, mais…

Pour autant, la cause est loin d’être entendue : Anne Hidalgo n’a pas manifesté, pour l’instant, son intention d’être candidate. Sa seule allusion à la présidentielle remonte au 26 novembre. Interrogée par le quotidien Libération qui lui demande quel rôle elle entend jouer en 2022, la première magistrate de la capitale a eu cette réponse :

« Je l’ai toujours dit, je prendrai ma part. »

La réponse peut sembler sibylline. Mais le développement qui la précède l’est beaucoup moins :

« Si la gauche arrive à sortir de ses divisions, si elle arrive à parler de façon pacifiée et exigeante et qu’elle incarne une offre politique crédible, bien sûr elle peut gagner. Mais pour ça, au lieu de s’affronter, il faut se donner le temps d’échanger et de bâtir une vision pour le pays. Il faut laisser ce temps de respiration dans lequel on affirme et on se frotte aux autres. »

Bref, ce n’est pas encore oui, mais ce n’est pas non.

L’alliance avec les écologistes

Si la direction du PS fait le forcing, c’est surtout parce que les autres options ont échoué. Olivier Faure a longtemps caressé le projet d’une candidature commune avec EELV – sans jamais dire qui l’incarnerait. Il a ainsi convaincu Julien Bayou, avant le premier confinement, d’organiser la tenue d’une université d’été commune aux deux formations. Le projet a capoté, officiellement à cause de la pandémie, mais surtout des oppositions internes chez les écologistes.

Avec une candidature Hidalgo, le ralliement des écologistes poserait moins de difficultés. Car ces derniers font partie de la majorité municipale à Paris. Et ce qui vaut dans la capitale pourrait éventuellement être reproduit à l’échelon national.

Ces dernières semaines, cependant, les relations se sont tendues. À l’occasion d’un vœu du groupe socialiste demandant que l’on donne le nom de Samuel Paty – le professeur assassiné par un islamiste à Conflans – à une rue de la capitale, une passe d’armes a opposé les écologistes et la maire de Paris. Les premiers ayant fait remarquer qu’il était d’usage d’attendre cinq ans en pareil cas, Anne Hidalgo a regretté publiquement que l’ensemble des élus ne soient pas sur la même position face à « un événement aussi majeur que la décapitation d’un professeur dans le cadre d’un attentat terroriste ».

Les questions de République

Interrogée sur BFM, quelques jours plus tard, elle a enfoncé le clou.

« Il faut pousser une partie de la gauche et des écologistes à sortir de leur ambiguïté (…) A nous de les faire progresser, notamment sur les questions de République ».

Propos qui ont eu le don de faire sortir de ses gonds David Belliard, la tête de liste écologiste aux municipales, « Nous n’avons aucune ambiguïté, ni sur la question républicaine ni sur la laïcité, rétorque-t-il dans Libération du 22 novembre. Notre ligne, c’est la loi de 1905, que nous avons toujours défendue. »

S’agit-il d’une maladresse ? Dans l’entourage de la maire de Paris, on explique qu’il s’agissait, pour elle, de se laver par avance de toute accusation de complaisance « islamogauchiste » et de se démarquer des écologistes.

La carte Piolle

D’autant qu’Anne Hidalgo a d’autres relais chez les écologistes. Ainsi Éric Piolle, le maire de Grenoble – pourtant élu contre un adversaire socialiste – avec qui la maire de Paris a rassemblé le 21 juillet, à Tours, une vingtaine de maires socialistes et écologistes. Officiellement, il s’agissait d’échanger sur les moyens d’accélérer la transition écologique dans chacun de leurs territoires.

En réalité, les participants posaient les premières pierres d’une fédération social écologiste appelée à jouer un rôle en 2022. De quelle manière ? Il est encore trop tôt pour le dire.

Éric Piolle présente en outre l’avantage d’entretenir de bonnes relations avec la France insoumise. On l’a vérifié cet été lors de l’université d’été du mouvement. Éric Piolle a longuement échangé avec Jean-Luc Mélenchon devant les militants de la FI. Un atout supplémentaire dans l’éventualité d’une candidature de la maire de Paris.

Les écologistes désigneront leur candidat en septembre 2021. Une primaire départagera les candidats à l’investiture. Pour l’instant, ils sont au nombre de trois : le député européen Yannick Jadot, Éric Piolle et l’ancienne vice-présidente de la région Hauts-de-France, Sandrine Rousseau.

Le bal des revenants

Du côté des socialistes, outre Anne Hidalgo, on dénombre six prétendants putatifs : Ségolène Royal, Christiane Taubira, François Hollande, Jean-Christophe Cambadélis, et Najat Vallaud-Belkacem. Ce bal des revenants aura toutefois du mal à convaincre.

Seul un septième larron pourrait faire de l’ombre à Anne Hidalgo : Arnaud Montebourg, retiré du PS depuis deux ans, qui fait actuellement campagne pour rétablir la souveraineté économique et industrielle de la France. Thèse qu’il martèle dans un livre récemment paru : L’engagement.

Le PS a prévu de tenir un congrès de refondation à l’automne 2021. Dans l’intervalle, il présentera son projet fin août à Blois.

D’ici là, c’est le rêve secret des hiérarques socialistes, une personnalité aura eu le temps de s’imposer. À moins que des revers électoraux aux élections départementales ou régionales hypothèquent définitivement une candidature socialiste à l’Élysée…

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