Eh ! les candidats, si vous nous parliez du climat ?

 

Réchauffement climatique @horizondurableL’environnement et la transition énergétique auront été les parents pauvres de cette campagne électorale, certes polluée – si l’on ose dire – par les affaires judiciaires. Comme s’il ne s’agissait pas d’un enjeu majeur. Il conditionne la performance économique et la justice sociale, la paix et la sécurité. 

Le 21 mars, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) constatait dans son rapport annuel que l’année 2016 avait battu un nouveau record de chaleur. La moyenne des températures a dépassé de 1,1° la moyenne de l’époque préindustrielle. L’année précédente avait déjà enregistré un record. Il n’était « que » de 1,04 ° supplémentaire.

Selon les propres mots des responsables de l’OMM, nous entrons en « territoire inconnu». Entendez par là que personne n’est en mesure de modéliser l’ampleur des catastrophes climatiques provoquées par cette élévation. La banquise s’est

fortement réduite, le niveau de la mer a continué à augmenter et les océans à se réchauffer. Pluies torrentielles, sécheresse, inondations, tornades seront au rendez-vous, c’est certain. Avec leurs cortèges de victimes, de réfugiés et de dégâts.

Le réchauffement climatique est une question politique

En a-t-on entendu parler tout au long de cette campagne ? Cette menace a-t-elle été au centre des débats qui ont opposé les différents candidats ? Pas le moins du monde. Certes, et il faut leur rendre cette justice, certains ont fait de la préoccupation environnementale un des piliers de leur programme. Ainsi de Jean-Luc Mélenchon et – dans une moindre mesure – Benoît Hamon. Mais ni l’un ni l’autre ne sont parvenus à hisser ces questions à leur véritable place : celle de l’urgence politique.

On aura ainsi davantage parlé de la dette et du déficit budgétaire que du climat. Comme si l’on pouvait agir sur la première alors que la seconde ne dépendrait pas de nous, mais du mouvement mystérieux de la nature. Or c’est faux. Le réchauffement est bien le produit de l’activité humaine. Activité sur laquelle nous avons au moins autant de pouvoir que sur le niveau d’endettement ou la répartition du PIB.

Et d’ailleurs, signalons à ceux pour qui la logique comptable prime sur toute autre considération que le réchauffement à un prix : ces régions dévastées, ces agricultures sinistrées, ces réfugiés climatiques dérégleront durablement les économies nationales. Un assureur nous confiait récemment, en petit comité, que son secteur professionnel anticipait une multiplication par 2 des sinistres « Catastrophe naturelle » au cours des 10 prochaines années (moyennant quoi les compagnies s’apprêtent à multiplier par…3 les primes correspondantes). S’il n’était qu’une raison pour les thuriféraires de l’orthodoxie monétaire de se préoccuper enfin de l’environnement, la voici : ne rien faire coûte plus cher que d’agir !

Accompagner l’accord de Paris

On sait ce qu’il faut faire pour limiter l’émission des gaz à effet de serre. La COP 21 a énuméré les actions à mener. Et il faut se réjouir que 197 pays aient, à ce jour signé l’accord de Paris qui prévoit de contenir le réchauffement climatique dans la limite des 2°, voire de le stabiliser à 1,5°.

Mais ce n’est pas parce que l’on a posé le diagnostic et rédigé l’ordonnance que le malade est guéri. Il faut accélérer la transition énergétique. Car les effets de seuil nous menacent. Passé un certain niveau de réchauffement, les glaces se mettent à fondre et ne se reconstituent plus à l’identique. Ainsi, la banquise n’a jamais été aussi petite depuis 1979, avec un maximum saisonnier de 14,52 millions de km2.

On aurait aimé que ceux qui briguent la plus haute magistrature incarnent cette volonté d’inverser la tendance. Qu’ils se fassent les champions d’une France responsable qui a compris qu’il n’y aura ni croissance, ni justice sociale sans prise en compte de l’urgence environnementale.

Les États-Unis changent leur fusil d’épaule

Car au même moment, la première puissance industrielle du monde qui est aussi le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre (derrière la Chine), les États-Unis, tourne le dos aux engagements pris par Barack Obama. Mardi 28 mars, Donald Trump, invoquant la création d’emplois et l’indépendance énergétique, a signé un décret qui démantèle peu ou prou la réglementation édictée par son prédécesseur. La fermeture des centrales thermiques les plus polluantes est remise en question. Il sera possible à nouveau d’obtenir la  concession de mines de charbon situées sur les terres fédérales.  Enfin, les agences fédérales et les ministères ne seront plus tenus d’intégrer les conséquences du réchauffement climatique dans leur stratégie.

« C’est la fin de la guerre contre le charbon » a déclaré le président américain.

Quelques jours auparavant Scott Pruitt, nouvel administrateur de LEnvironmental Protection Agency l’EPA, et climatosceptique patenté déclarait que le CO2 n’est pas « un contributeur important » du dérèglement climatique. Il justifiait ainsi sa position :

« Je pense que mesurer avec précision le rôle des activités humaines sur le climat est très difficile et il y a d’énormes désaccords sur le degré de cet impact. »

L’administration du nouveau président américain envisage toujours de sortir de l’accord de Paris par lequel les États-Unis s’engageaient à baisser de 26 % à 28 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025, par rapport à 2005.

Poutine dans les pas de Trump

Ce serait là, un bien mauvais signal donné à la planète. Car si la première puissance s’affranchit de toute règle, alors les autres nations seront tentées de l’imiter. A commencer par la Russie de Poutine. Comme en écho au déni américain, le président russe a remis en question, jeudi 30 mars, la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique.

« Le réchauffement, il a commencé dans les années 1930 (…) A l’époque, il n’y avait pas encore de tels facteurs anthropologiques comme les émissions (de gaz à effet de serre) mais le réchauffement avait déjà commencé »

Selon Vladimir Poutine qui reprend les élucubrations climatosceptiques pourtant invalidées par l’ensemble de la communauté scientifique, il est « impossible » d’empêcher le réchauffement climatique qui pourrait être lié « à des cycles globaux sur Terre« .  Conclusion de l’hôte du Kremlin, « La question est de s’y adapter« . Et d’expliquer que grâce au réchauffement, la navigation sera facilitée dans l’Arctique, permettant l’exploitation de la région et l’extraction des ressources.

Voilà où nous en sommes.  Deux des personnalités les plus puissantes de la planète s’apprêtent à jouer les apprentis-sorciers. Folie que la campagne électorale française ignore superbement, tant elle est empêtrée dans le commentaire quotidien des petites manœuvres des uns et les démêlés judiciaires des autres. On espérait mieux de notre classe politique, surtout après le succès de la COP 21 et de l’accord de Paris. A tort, semble-t-il.

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