Les néonicotinoïdes, ces tueurs d’abeilles

Les abeilles domestiques et sauvages contribuent à la pollinisation de 80 % des espèces de plantes à fleurs. ©UNAF

Un éventuel assouplissement de l’interdiction des néonicotinoïdes ainsi que l’envisageait lundi 26 juin, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, aurait pu avoir de lourdes conséquences. Car plus de 20 années d’utilisation de cet insecticide ont sérieusement porté atteinte à l’apiculture française et à la biodiversité. Le recadrage de l’intéressé par Nicolas Hulot, suivi par celui de Matignon a été bienvenu.

On l’oublie trop souvent, sans les abeilles, le cycle de la vie végétale connaîtrait un ralentissement qui, à terme, menacerait toutes les espèces animales, y compris l’homme. 80 % des plantes à fleurs sont en effet pollinisées grâce aux abeilles. En butinant, l’insecte transfère le pollen de la partie mâle de la plante jusqu’à sa partie femelle. 30 % du contenu de nos assiettes repose sur ce processus.

C’est peu dire, donc, que le début de polémique, entre Stéphane Travert, le nouveau ministre de l’Agriculture et Nicolas Hulot, sur un éventuel assouplissement de l’interdiction des néonicotinoïdes, porte sur une question essentielle.

Le recours aux néonicotinoïdes remonte à 1994. Utilisé essentiellement pour les cultures céréalières, ce principe actif a été présent dans 40 % des insecticides employés.

Un toxique qui s’attaque au système nerveux des abeilles

Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux central des insectes et des invertébrés. Ils perturbent leur capacité à traiter l’information. Les abeilles éprouvent ainsi les plus grandes difficultés à retrouver le chemin de la ruche et finissent par mourir.

Certes de nombreux facteurs interviennent dans la mortalité des abeilles. : les virus, la monoculture intensive qui détruit l’habitat, les invasions de frelons, le Varroa destructor, un redoutable acarien qui provoque une parasitose chez l’abeille. Mais la présence de néonicotinoïdes affaiblit considérablement les capacités de résistance de l’abeille comme l’a démontré une étude de l’Anses parue en 2015.

On considère que le déclin des colonies d’abeilles est trois fois plus élevé lorsque celles-ci se nourrissent de plantes traitées aux nicotinoides. En 1995, l’année qui a suivi l’introduction des néonicotinoïdes, la mortalité des abeilles est passée de 5 à 30 % !

Active pendant plusieurs mois, la toxine passe dans les sols et l’eau

Car les néonicotinoïdes appartiennent à la famille des insecticides systémiques. Ils sont absorbés par la plante et transportés dans ses différentes parties (feuilles, racines, fleur, tige, pollen). La toxine reste active pendant plusieurs mois. Elle passe dans les sols, et l’eau, contaminant ainsi les plantes sauvages.

300 000 ruches disparaissent chaque année et doivent être reconstituées. Toutes causes confondues, la mortalité est de 30 % environ selon les chiffres de la l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). Le ministère de l’Agriculture, pour sa part, estime que les pesticides ne seraient responsables que de 6,6 % des abeilles. Des chiffres formellement contestés par les apiculteurs de l’UNAF qui mettent en cause les méthodes de collecte des résultats.

Une production de miel divisée par deux

La production de miel a ainsi chuté de 32 000 tonnes à 17 000 tonnes entre 1995 et 2015. Quasiment la moitié. Et ce, alors même que les apiculteurs se sont efforcés de maintenir le nombre de ruches en remplaçant les colonies dispersées ou détruites. Les récoltes de 2012, 2013 et 2014 se sont révélées catastrophiques, avec des baisses de 50 à 80 % dans certaines régions.

En 1995, la France importait 7 000 tonnes de miel pour compléter la production nationale. Elle en importe aujourd’hui quatre fois plus à population constante d’abeilles. Une perte conséquente pour l’économie nationale.

L’interdiction à venir des néonicotinoïdes (prévue par la loi sur la biodiversité de juin 2016, elle n’entrera en vigueur qu’à partir de 2018 et pourra s’accompagner de dérogations jusqu’en 2020) est donc une mesure de salubrité publique.