A-t-on retardé le confinement pour organiser les municipales?

 

Le 17 mars, la France plongeait dans un confinement général. Une réclusion qui se poursuit.

Cette décision aurait-elle pu être prise plus tôt, ménageant ainsi les équipes soignantes et préservant ainsi des vies ?

Le 28 mars, le Premier ministre se voulait catégorique :

«  Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision s’agissant du confinement ».

Pourtant il apparaît qu’elle aurait pu être prise 5 jours plus tôt, au moins.

Le mercredi 11 mars, l’Organisation mondiale de la santé annonce que le Covid 19 a atteint le stade de la pandémie, c’est-à-dire une épidémie mondiale.

 

L’OMS déclare la pandémie

Dans un communiqué, l’OMS recommande aux pays européens de prendre « en temps opportun » des mesures de réduction des rapports sociaux et de quarantaine.

Le principe de précaution aurait voulu que la France reporte les élections municipales.

Pourtant, on votera le 15 mars, offrant ainsi au virus une dernière opportunité de se répliquer en masse.

Le 16 mars, alors qu’il s’adresse aux Français pour leur annoncer la mise en place du confinement à partir du lendemain, Emmanuel Macron justifie le maintien de la consultation électorale du dimanche précédent en ces termes :

« Dans la journée de jeudi, un consensus scientifique et politique s’est formé pour maintenir le premier tour des municipales. »

Autrement dit, ce seraient les scientifiques et les chefs de partis qui porteraient la responsabilité de ce choix.

Consensus contesté

Curieuse affirmation. Le jeudi 12 mars, Édouard Philippe a effectivement reçu les chefs de parti à Matignon.

Mais deux formations politiques représentées à l’Assemblée démentent avoir approuvé le maintien des élections municipales.

D’abord La France insoumise par la voix de la députée Mathilde Panot le 19 mars :

« Monsieur le Premier ministre, vous avez affirmé lors du journal télévisé de France 2 que vous aviez consulté les formations politiques quant au maintien du premier tour des élections municipales. Vous le savez comme moi, nous n’avons pas été consultés sur le maintien de ce scrutin. »

Le PS dément

Le PS ensuite. Le 9 avril, à l’occasion de l’audition de Christophe Castaner par la mission d’information sur l’impact du Covid 19, le député socialiste David Habib, fait cette déclaration :

“Je veux évoquer le premier tour des municipales, je veux clairement dire que le Parti socialiste n’a jamais demandé, jamais demandé le maintien de ce scrutin. Il est faux de prétendre le contraire. S’il y a une responsabilité dans le choix de maintenir ce premier tour, il faudra la chercher ailleurs que dans notre formation ».

Réponse du ministre de l’Intérieur :

« J’ai bien noté votre remarque sur le fait que le PS n’avait jamais demandé le maintien des élections municipales. Alors M Habib, le PS, je ne sais pas… Par contre Olivier Faure a déclaré, le 12 mars, ‘il n’y a pas plus de raisons d’avoir peur d’aller voter que d’aller prendre le métro, le RER, que d’aller au travail. Il n’y a pas plus de promiscuité : on rentre, en général seul, dans l’isoloir. C’est la même règle.’ Donc je ne sais pas comment je dois interpréter vos propos sur le parti socialiste, mais il me semble que le Premier secrétaire du parti socialiste n’a pas le même sentiment que le vôtre sur le fait qu’il n’ait jamais demandé le maintien des opérations de vote. »

La députée socialiste de Saône-et-Loire, Cécile Untermaier revient à la charge quelques instants plus tard pour corriger la date à laquelle Olivier Faure a effectivement prononcé les paroles que le ministre de l’Intérieur rapporte.

« J’aimerais vous dire en réaction à la réponse que vous avez faite à mon collègue David Habib qu’on ne peut jamais présumer de l’accord d’un chef de parti à partir d’une expression qui date du 9 mars alors que le confinement n’était pas décidé et que le 12 mars, seulement la question a été soumise à ce dernier.”

Gérard Larcher met en cause l’Elysée

À ce jour, il n’y a qu’un seul responsable politique qui reconnaisse avoir prêché pour le maintien du scrutin : Gérard Larcher.

Le président du Sénat s’est entretenu par téléphone avec Emmanuel Macron, le jeudi 12 mars vers 17 h.

Dans les heures qui suivent, la presse se fait l’écho de sa volonté de maintenir le scrutin.

La polémique enfle. Au point qu’au soir du premier tour des élections municipales, Gérard Larcher publie un communiqué pour clarifier sa position.

Pas de consultation sur le report éventuel des municipales

Ce communiqué est instructif : Gérard Larcher affirme que le report des élections municipales n’a pas été envisagé par le Premier ministre lorsqu’il s’est entretenu avec les différents responsables politiques. Et pour cause, puisque, souligne-t-il, l’exécutif considère que la pandémie en est encore au stade 2.

Ce qui corrobore les affirmations des députées  Mathilde Panot et Cécile Untermaier.

Aucun consensus ne pouvait donc se dégager autour du maintien des élections, puisque l’hypothèse de report n’était tout simplement pas à l’ordre du jour.

Le maintien de la consultation ressort à l’évidence de la seule décision du président de la République. Considérant, après coup, qu’il s’agissait d’une erreur, il s’est abrité derrière un choix collectif qui n’a jamais existé.