Coup de frein sur les éoliennes

Parc éolien à proximité de Caen ©Olivier Tetard
L’implantation anarchique des éoliennes mécontente les collectivités locales et les associations. Pourtant , le parc doit doubler d’ici 8 ans afin d’assurer un quart de la production en électricité du pays.

Les éoliennes ne sont plus en odeur de sainteté. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent pour réclamer un moratoire sur l’installation de nouveaux mats. Le président de l’association des départements de France, Dominique Bussereau, les présidents des départements de la Charente, de la Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de la Vienne, ou encore Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France s’opposent à la poursuite de ces implantations anarchiques.

15% de la production d’électricité

Une fronde dont le président de la République s’est lui –même fait l’écho, le 14 janvier, à l’occasion d’un déplacement à Pau.

 Le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays.De plus en plus de gens ne veulent plus voir d’éolien près de chez eux, (ils) considèrent que leur paysage est dégradé ».

La France compte 1 380 parcs dont la moitié est concentrée dans les Hauts-de-France et le Grand Est. Une situation qui s’explique en partie par la législation qui encadre ce déploiement. De fait, seulement la moitié du territoire national réunit les conditions requises.

La part de l’éolien dans la production d’électricité avoisine aujourd’hui les 15%.

14 500 éoliennes en 2028

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit un doublement des infrastructures. De 8000 mats, on passerait à 14 500 en 2028. La part de l’éolien dans la production d’électricité grimperait alors à 25%.

Une éolienne satisfait en moyenne la consommation de 3500 foyers – 12 000 pour les éoliennes en mer.

Cette énergie renouvelable se révèle compétitive. Le tarif du mégawattheure (MWh) se situe autour de 63 euros contre 62 pour le nucléaire. À terme, l’éolien sera moins cher que le MWh des centrales de nouvelle génération (EPR) qui devrait avoisiner les 110€.

7 éoliennes sur 10 sont  contestées en justice

Pourtant, l’éolien peine à convaincre. 70 % environ des projets font l’objet d’un recours formé par des associations ou des collectivités locales. On reproche pêle-mêle le bruit, la pollution visuelle et lumineuse et l’impact sur la faune locale, en particulier les oiseaux.

Un projet d’EDF rencontre particulièrement l’hostilité : l’implantation d’une quarantaine de machines qui dépassent les 200 mètres de haut dans l’estuaire de la Gironde. Or cette zone est un des plus grands couloirs migratoires d’Europe. La rive droite de l’estuaire de la Gironde fait partie des zones classées Natura 2000. Ce territoire est également protégé par la loi Littoral  extrêmement stricte en matière de construction. Bref, le développement des énergies renouvelables se télescope ici avec la protection de la biodiversité.

La ministre interpellée à l’Assemblée

Le 3 mars à l’Assemblée, Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire a été interpellée sur les intentions du gouvernement par Laure de la Raudière, députée d’Eure-et-Loir, membre du parti Agir, la droite constructive.

Voici la réponse de la ministre

Ma position sur les éoliennes est très claire : elles sont indispensables à la transition énergétique de notre pays. Du reste, la programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit un doublement de leur production d’électricité en dix ans. Je rappelle que cette production a augmenté de 21 % l’an dernier, contribuant à une baisse de 6 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, je considère que nous ne réussirons pas le déploiement de l’éolien si nous n’écoutons pas les craintes de certains élus et de certains citoyens (…). Voilà ce que j’ai indiqué lorsque j’ai été auditionnée au Sénat. Certains se sont alors empressés de dire que j’étais contre l’éolien, mais c’est une caricature (…) Un travail est donc en cours pour trouver un bon équilibre entre le déploiement de l’éolien et son acceptabilité, condition d’une telle l’adhésion. Une circulaire sera adressée aux préfets, leur demandant d’identifier, avec les élus, les zones dans lesquelles les éoliennes peuvent se développer sans porter atteinte à nos patrimoines naturel et culturel. Il appartiendra aux élus d’introduire les protections paysagères correspondantes dans leurs documents d’urbanisme.

Soit. Cependant de nombreuses communes rurales, qui interdisent déjà l’éolien dans leurs plans locaux d’urbanisme, voient ces plans rejetés par les services de l’État. Quant aux préfets, à supposer qu’ils veuillent interdire le déploiement d’un parc éolien, ils n’en ont tout simplement pas les moyens réglementaires. On peut donc se demander si une simple circulaire ministérielle changera quelque chose à l’affaire.