Et si l’on partait sur la trace des hommes préhistoriques à Fontainebleau ?

Traces préhistoriques dans la foret de Fontainebleau - Sarah Merlino pour Horizon Durable

Des dessins préhistoriques gravés sur les rochers de la forêt de Fontainebleau ? C’est une blague ? En Dordogne, d’accord. Mais à 70 km de Paris, dans ce massif qui est sillonné chaque week end  par des milliers et des milliers de randonneurs, de grimpeurs ou de cavaliers, on peine à le croire. C’est pourtant ce que Pierre Allard, archéologue au CNRS, nous fait découvrir. Préparez les lampes torches et suivez le guide.

Pas besoin de DeLorean pour remonter le temps. Direction Larchant et la Dame Jouanne, en Seine-et-Marne, à une heure de Paris, pour commencer un périple pédestre à la recherche des abris gravés du mésolithique moyen (-10 000 ans)

« Ce que nous allons trouver ressemble à des traits parallèles ou croisés qui forment un quadrillage, parfois des motifs, des ronds, plus rarement des figures schématiques anthropomorphes ou zoomorphes de quelques dizaines de centimètres maximum »,

nous prévient Pierre Allard, archéologue au CNRS. Sa spécialité, ce sont les silex taillés. Il sait les tailler lui-même comme à l’époque : avec des pierres et des bois de cerfs. Mais aujourd’hui il nous emmène découvrir ce que nos ancêtres directs, les sapiens sapiens, s’amusaient à graver sur les rochers.

Traces préhistoriques dans la foret de Fontainebleau - Sarah Merlino pour Horizon Durable
Des hommes préhistoriques ont gravé la roche avec des traits parallèles ou croisés formant des figures schématiques

Portrait-robot

Ces gens-là, un peu plus petits que nous mais physiquement très proches, vivaient voici dix mille ans. Nomades, ils se nourrissaient de chasse et de cueillette. On n’a jamais retrouvé de restes organiques permettant de déterminer leur habillement. Cependant, avec un climat un peu plus froid qu’aujourd’hui, leur vêture devait probablement ressembler à celle des esquimaux.

Ces derniers chasseurs de la préhistoire ont laissé des traces spectaculaires de leur passage en gravant les roches grâce à des outils en silex et parfois en grès. Ce que les archéologues ont appelé des « gravoires » (outils au tranchant émoussé) ont été retrouvés autour des abris et ont permis de dater les entailles. Cette analyse a été confirmée par les travaux de Colas Gueret, membre du laboratoire d’ethnologie préhistorique de Paris I. Encore aujourd’hui, en regardant bien, on peut trouver ces outils ou des éclats de silex (de n’importe quelle taille pourvu qu’il y ait une partie tranchante) au pied de certaines cavités. Vous pouvez aussi vous rendre au musée archéologique de la ville de Nemours pour en avoir un aperçu. Quant aux squelettes, vous n’en trouverez pas : l’acidité du sable ne permet pas leur conservation.

Tous aux abris

Premier objectif : trouver des abris ou des niches dans lesquelles l’on ne tient pas forcément debout. A priori, les sapiens sapiens n’y vivaient pas, les dimensions sont trop petites.  Ces petits abris se trouvent le long du GR, ce chemin de grande randonnée balisé blanc et rouge, et un peu partout dans la forêt. Il existe de vraies grottes à Fontainebleau, la plus grande fait 15m de long. On peut supposer que certaines devaient être occupées comme haltes de chasse par exemple.

Justement, notre guide avance tel un chien de chasse. L’objectif du jour n’est pas de se rendre vers les gravures déjà balisées par l’association GERSAR (Groupe d’Etudes, de Recherches et de Sauvegarde de l’Art Rupestre) en collaboration avec l’ONF et le ministère de la culture qui, grâce à son projet « la mémoire dans la pierre », a mis en place un parcours de découverte des abris gravés dans le Massif des Trois Pignons (vers Noisy-sur-École). Ce parcours présente, avec des panneaux et des explications, toute l’étendue chronologique des gravures trouvées dans des abris fréquentés du paléolithique jusqu’à nos jours. L’association organise également des sorties guidées.

Non, aujourd’hui il s’agit de jouer aux explorateurs ! À Larchant, où nous sommes, aucun balisage. À nous de trouver des abris gravés.

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Un abri gravé dans la forêt de Fontainebleau

Après une demi-heure de vagabondage forestier, notre scientifique a trouvé le premier abri gravé, très petit, mais néanmoins suffisamment ouvert, dans lequel nous découvrons des traits formant ce qui ressemble schématiquement à un arbre dépourvu de feuilles. Juste à côté, un cercle, entaillé de traits. Pas de doute, nous voici revenus 10 000 ans en arrière, au mésolithique. Les gravures sont profondes et appartiennent aux familles de signes caractéristiques de cette période de la préhistoire. De tout temps, les hommes ont laissé en forêt de Fontainebleau des symboles, des noms. On trouve même des dessins du moyen âge figurant des enceintes triples de fiefs.

Protection rapprochée

Si l’inscription « Mort aux vaches » n’a pas encore été trouvée sur ces rochers, ce n’est qu’une question de temps. Les cavités sont ouvertes à tous, le grès est fragile et la forêt est fréquentée fortement. Personne n’a encore trouvé la solution permettant de sauvegarder systématiquement l’ensemble des abris de la forêt. Il faut dire que pas moins de  1200 ont été recensés à ce jour. Cependant, certaines mesures conservatoires sont parfois prises pour protéger quelques lieux exceptionnels. Dans ce cas, l’abri est fermé par une porte ou même rebouché, « enroqué ». En 2017, grâce aux nouvelles techniques de relevés en 3D utilisées par les archéologues, un projet visant à enregistrer la totalité des gravures sera déposé notamment par l’équipe du laboratoire d’ethnologie préhistorique de l’université de Paris I.

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Serait-ce un arbre dépourvu de feuilles ?

Et ça veut dire quoi ?

Que représentent ces symboles ?

« Je ne sais pas, avoue sans détours Pierre  Allard. Il s’agit probablement d’une manifestation artistique ou symbolique des populations qui vivaient dans le nord de la France à cette période. Habituellement, on trouve des objets du quotidien liés aux activités des campements nous permettant de répondre à des questions pratiques. Mais là c’est autre chose, il s’agit du domaine dépassant le cadre des simples activités de survie »,

Il ne s’agirait cependant pas d’un seul homme, car il existe plusieurs « signatures » : beaucoup de signes, non identiques. Alors quoi ? Des symboles de propriété ? Des épisodes de Game of Thrones façon primate ?

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Ce cercle entaillé de traits nous projette 10 000 ans en arrière

Art schématique

Jacques Hinout, un archéologue amateur des années 1960 proposait de voir dans les grands quadrillages des représentations de huttes. On parle alors d’art schématique, différent de l’art figuratif du paléolithique ( comme à Lascaux) et de celui du néolithique avec des symboles plus clairs comme des haches polies.

Les petits rigolos du fond de la classe qui se demandent si l’on peut voir également des gravures sexuelles de cette époque, allez au service du paléolithique au fond du couloir troisième porte à gauche : on y trouve des triangles interprétés par les spécialistes comme… des vulves. Mais pas en forêt de Fontainebleau. Le mésolithique était visiblement plutôt prude…

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Des représentations de huttes ? L’art schématique reste difficile à interpréter.

Un trésor sans fin

En continuant la promenade, nous trouvons d’autres cavités, plus ou moins cachées, dans lesquelles de nombreux symboles sont gravés. Plus de cent ans après la première découverte d’une roche gravée (1868 à Ballancourt, sur la commune de Corbeil), il est encore possible de trouver de nouveaux sites. Tout excités, nous espérons tomber sur des gravures encore plus anciennes, comme celles recensées dans la région et datant du paléolithique (fin de la préhistoire, époque de l’homme moderne, environ de -40 000 à -10 000 ans) : un cheval gravé (vers Noisy-sur-Ecole), et un autre fragment dont l’abri a été détruit et retrouvé dans une carrière d’exploitation de grès.

Alors, heureux ?

Mais non. Cependant, après deux heures de promenade, nous avons trouvé suffisamment de gravures pour épater nos amis. Et nous donner envie de continuer les recherches. Prochaine étape : l’Aisne et la région du Tardenois, où sont situés de nombreux abris gravés comme celui de la « Hottée du diable », célèbre pour avoir été l’un des terrains de jeu de Camille Claudel. Vous venez ?

La Hottée du Diable à Coincy (PDF)

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