Extinction des espèces : le climat n’est pas le principal responsable

L’institut de France à Paris où siège l’Académie des sciences © Angel James de Ocampo

Au terme de deux ans de travaux, l’Académie des sciences vient de livrer un rapport qui bouscule bien des idées reçues sur l’impact du réchauffement climatique sur la biodiversité. Surprise, l’augmentation de la température n’est qu’un facteur aggravant. C’est bien l’activité de l’homme qui est responsable de l’extinction des espèces.

Sur les 85.600 espèces animales et végétales (une fraction seulement du total) recensées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), environ 24.300 sont considérées comme menacées d’extinction.

Dans quelle proportion le réchauffement climatique est-il responsable de cette situation ? La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il y paraît, comme le souligne un rapport de l’Académie des sciences rendu public ce lundi. Un document qui vient ébranler bien des certitudes.

Le changement climatique observé depuis environ 150 ans n’est pas la cause majeure de la dégradation récente de la biodiversité. Une étude récente menée sur plus de 8 000 espèces menacées selon la liste rouge de l’Union Internationale de Conservation de la Nature montre en effet que les causes largement dominantes de leur déclin actuel sont la surexploitation des espèces sur les continents comme dans les océans, l’agriculture,l’élevage, de nombreuses modifications des sols par la déforestation et l’urbanisation, et les espèces invasives.

Pour autant, il convient de s’inquiéter. Car, écrivent les auteurs du rapport

à l’échelle du siècle, l’impact écologique des changements climatiques récents pourrait ajouter son effet sur des populations et des mécanismes déjà bien perturbés par les activités humaines.

Autrement dit, le réchauffement climatique, s’il n’est pas le responsable premier de l’extinction des espèces, concourt à ce phénomène en amplifiant l’impact des activités humaines.

La vie s’est toujours adaptée aux variations de température

Au cours des des millénaires passés, rappelle l’Académie des sciences , la biodiversité a su s’adapter  aux variations de température de la planète.

Depuis la naissance de la vie sur notre planète, les écosystèmes ont considérablement évolué en fonction des conditions physico-chimiques et du climat. La vie s’est à nouveau diversifiée après de grandes extinctions, mais à une échelle de temps qui n’est pas celle des générations humaines.

Bref, s’il ne s’agissait que d’une augmentation de la température de la planète, les espèces végétales et animales finiraient par s’adapter. Mais l’activité de l’homme a introduit un nouveau paramètre : la fragmentation des espaces naturels. Les grandes forêts diminuent sous la poussée de l’agriculture intensive, l’urbanisation croissante et les ouvrages d’art jouent le rôle de barrières infranchissables. Tant et si bien que certaines espèces ne sont plus en mesure de se déplacer.

Le phénomène majeur induit par une augmentation des températures étant le déplacement vers les pôles ou les altitudes plus élevées de l’aire occupée par chaque espèce végétale ou animale, il est important de considérer leurs capacités d’adaptation lorsqu’elles ne sont pas en mesure de se déplacer ; notamment sous l’effet de la fragmentation des milieux. En fait, les capacités d’adaptation individuelle par plasticité (par exemple de la physiologie ou du calendrier de reproduction) et l’adaptation génétique (par sélection) au changement climatique varient fortement selon l’organisme considéré : les organismes les plus spécialisés et à la démographie la plus lente sont les moins capables de telles adaptations.

L’interaction entre les espèces bouleversée

Voilà donc le problème : l’interaction entre les espèces est profondément modifiée.

Ainsi, les proies disponibles pour des prédateurs insectivores peuvent ne plus être disponibles au moment optimal du cycle de reproduction, les ravageurs de certaines espèces peuvent progresser vers les pôles plus vite que les prédateurs susceptibles de les limiter, si bien que des assemblages d’espèces inédits verront le jour.

Une désynchronisation générale guette donc la planète. Les pollinisateurs des plantes risquent de faire défaut. Les prédateurs naturels de certaines espèces animales verront leur nombre augmenter ou, tout au contraire, diminuer dans des proportions dramatiques pour l’équilibre général.

Des données insuffisantes pour modéliser l’extinction des espèces

C’est la chaîne des écosystèmes qui se voit ainsi remise en cause. Sans que personne ne puisse vraiment, aujourd’hui, modéliser ce bouleversement faute de données suffisantes, en particulier en biologie et en sciences de la vie.

Pour y remédier, le rapport de l’Académie des sciences préconise la mise en place « d’observatoires de la biodiversité« , en lien avec la recherche fondamentale.

Il recommande également un rapprochement avec la santé publique, afin de prévenir l’essor de pathologies liées au réchauffement.

Le document propose également de revoir les politiques agroforestières et d’envisager une « migration assistée » par plantation d’essences adaptées pour limiter le risque de dépérissement.

Enfin, il rappelle l’importance de limiter les autres facteurs de dégradation, en instituant des quotas de pêche ou en délimitant des aires marines protégées.

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