Glyphosate : “un dysfonctionnement scandaleux de la Commission européenne” pour Michèle Rivasi

Michèle Rivasi, professeur agrégée de SVT, est députée européen EELV depuis 2009.

La Commission européenne doit se prononcer aujourd’hui sur le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché – pour 10 ans – du glyphosate, principal composant de l’herbicide Roundup produit par le groupe Monsanto.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – l’a classé « cancérogène probable » en mars 2015.

À l’inverse, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), deux agences de la Commission européenne jugent que le produit ne présente pas ce risque.

Sur quels documents se sont appuyées ces deux agences ? Sur des études menées par les industriels utilisant du glyphosate (le brevet de Monsanto est tombé dans le domaine public). Des études qui ne sont pas accessibles au public.

Une ONG bruxelloise et des élus écologistes du Parlement européen, à force d’insistance, ont réussi à se faire communiquer plusieurs de ces études.

Un toxicologue renommé, l’Américain Christopher Portier, ancien directeur de plusieurs organismes de recherche fédéraux aux États-Unis, a passé en revue les données jusqu’alors confidentielles d’une quinzaine d’études. Et là, surprise ! Huit cas d’augmentation de tumeurs liées à l’exposition au glyphosate sont répertoriés. Ainsi, dans le secret de leurs propres études, les industriels confirment le risque cancérogène présenté par le glyphosate.

Pourtant, l’EFSA et l’ECHA n’en ont pas fait mention dans leurs rapports sur le composant majeur de l’herbicide de Monsanto.

Michèle Rivasi, députée européenne, est l’une des parlementaires qui se sont mobilisés pour que les études soient rendues publiques. Elle ne décolère pas.

La France doit-elle se pronocer contre le renouvellement de l’autorisation du glyphosate ?

Il est inconcevable que la Commission propose le renouvellement. La France doit voter contre cette proposition.

Nos démarches ont permis de montrer que huit études menées par les industriels ont été mises de côté. Huit études qui prouvent qu’il y a un risque grave pour la santé des consommateurs. La question, c’est pourquoi n’a-t-on pas tenu compte de ces résultats ?

Vous avez bien une idée de la réponse ?

La Commission subit la pression des lobbies. C’est un dysfonctionnement scandaleux. La Commission privilégie l’intérêt économique sur la santé des citoyens. C’est un rapport de force entre une industrie et l’intérêt général.

Si nous n’avions pas demandé la transparence des études, que se serait-il passé ?

Reste-t-il des études confidentielles auxquelles vous n’avez pas eu accès ?

Il faut le savoir, sur ce sujet, il y a 75 études financées par les industriels du secteur. Ces industriels refusent de les rendre publiques en s’abritant derrière la directive européenne sur le secret des affaires. Ils nous disent, « vous comprenez, la mise au point de ces molécules nous a coûté tellement cher que nous ne pouvons mettre nos résultats dans le domaine public ».

Quand les études ne sont pas accessibles, il y a falsification, il y a tromperie. La recherche scientifique ne peut progresser que si les résultats sont accessibles à tous. Ils peuvent ainsi être contestés, nuancés.

Quelle conclusion tirer de ce dysfonctionnement grave des institutions européennes ?

Cette affaire est une parfaite illustration de ce qui arrive quand on ne donne pas d’argent à la recherche publique. Elle est alors confisquée par les industriels, à leur seul profit.