Le monde qui s’en va, le monde qui vient

Longtemps, l’idée de progrès a prédominé : espérance de vie, avancées de la science et des techniques, pouvoir d’achat, santé, mobilité sociale. La société tout entière tendait vers un avenir meilleur.

Surgie des Lumières, confortée par le XIXe siècle, éclipsée par les deux conflits mondiaux, ressuscitée par les 30 glorieuses, cette conviction a définitivement vécu.

L’avenir n’est plus radieux

Une majorité de Français est aujourd’hui persuadée que notre civilisation va s’effondrer. Un tiers considère même que la catastrophe interviendra d’ici à 20 ans (1).

La disparition des espèces, l’épuisement des ressources, le réchauffement climatique, sont passés par là. Mais aussi la mondialisation qui dissout les peuples, les cultures et les solidarités. Et son corollaire, l’accaparement des richesses et du pouvoir par des cercles toujours plus fermés.

L’émergence de la préoccupation écologique (un demi-siècle déjà depuis que René Dumont s’est présenté à la présidence de la République !) laissait envisager que le monde pût redresser la barre à temps. Qu’il n’y avait rien d’inéluctable pourvu que l’on agisse.

Transition ou rupture ?

Cet espoir est en train de s’éteindre. Lui succède un pessimisme qui devient certitude : notre modèle de société ne parviendra pas à se réformer à temps. Il n’y aura pas de transition en bon ordre, mais une rupture d’autant plus brutale qu’elle aura été différée. La pandémie récente en sera vue comme un des prémices.

Ce renversement de paradigme bouleverse les priorités. Désormais, il ne s’agit plus d’éviter une catastrophe, mais d’en anticiper les effets, voire de les amortir. Comment survivre aux conséquences du réchauffement climatique (montée des eaux, déplacement des zones de peuplement et des surfaces cultivables…) ? Comment nourrir les populations ? Comment produire de l’énergie ? Comment éviter le chaos ?

S’adapter

C’est la question de notre adaptation qui est posée. Question éminemment politique. Car elle suppose de repenser l’ensemble de notre organisation sociale, de la production à la décision en passant par les échanges. Cela implique de retrouver le fil perdu de la démocratie, de la justice et de l’intérêt général.

Construire un monde juste et durable dans l’urgence et le conflit ; l’ambition peut effrayer. Mais avons-nous encore le choix ? L’effondrement est bien là.

Horizon durable

C’est la raison d’être d’Horizon durable. Accompagner ce mouvement de critique et de réinvention. Envisager tous les scénarios, sans catastrophisme exagéré, sans esprit de chapelle, mais avec lucidité. Décrypter les postures et les discours, dénoncer les simulacres et les mensonges, autant que faire se peut.

Déjà, dans les replis du monde qui s’en va, de nouvelles techniques se font jour, de nouvelles formes de partage se mettent en place. Chacun invente, expérimente, retrouve du sens. Cette formidable intelligence collective trace le chemin d’un autre possible. Celui du bien commun. Il n’est jamais trop tard pour l’emprunter.

(1) Enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès menée dans quatre pays européens et aux États-Unis du 2 au 15 octobre 2019