Législatives : renouveler les élus ne suffira pas

L’Assemblée nationale est renouvelée, mais pas les institutions. ©DR

Où s’exprimera désormais la dispute civile ? L’ampleur inédite de l’abstention (plus d’un Français sur deux a boudé les urnes) questionne tous les républicains. Au soir du premier tour de la présidentielle, l’électorat se divisait en quatre parts plus ou moins égales. Voilà que par le jeu des institutions, que François Mitterrand avait justement qualifiées de coup d’État permanent avant de les embrasser, le plus important de ces quarts l’emporte de façon écrasante. Avec 24 % des voix au premier tour de la présidentielle, il obtient 75 % des sièges à l’Assemblée.

La moitié des électeurs ne croient plus dans nos institutions. C’est grave. Car il y va de la concorde nationale. Même renouvelée par l’émergence et la percée d’En Marche, l’offre politique ne parvient pas à les séduire.

Quel débat démocratique sans contradicteurs ?

Certes, les sortants ont été sortis. Mais est-on certain que les visages nouveaux qui vont entrer au Palais Bourbon ne reproduiront pas les comportements de l’ancienne classe politique honnie. Se souvient-on que les barbons éliminés ont commencé par être des novices impétueux qui rêvaient de changer la vie ? Les députés En Marche ne seront ni moins bons ni meilleurs que leurs prédécesseurs. Ils deviendront ce que les institutions de la Ve République en feront : une majorité godillot qui n’a d’autre choix que de soutenir le gouvernement ou bien de le renverser et s’exposer ainsi à la dissolution présidentielle. Entre les deux, point d’échappatoire. Faute de proportionnelle et donc de contradicteurs, le débat démocratique est clos avant même d’avoir commencé.

Des institutions d’un autre temps

La Ve République avait été taillée sur mesure pour un général, lui-même menacé par la sédition d’une partie de l’armée. Un régime fort, presque d’exception, quant bien – même les successeurs de Gaulle firent un usage modéré des pouvoirs qui leur étaient conférés par la Constitution.

Est-ce bien là le fonctionnement démocratique dont a aujourd’hui besoin le pays ? Le renouvellement des hommes sans renouvellement des institutions s’expose à n’être qu’un artifice cosmétique. Porteur qui plus est de désordres. Il serait vain de croire que nous en avons fini avec la crise de représentation qui secoue le pays, particulièrement depuis l’instauration du quinquennat. Faute d’avoir été tranchée à froid, il faut redouter qu’elle ne trouve son dénouement que dans le déchaînement des passions.

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