Masques : l’explication de la pénurie

L’État croyait à tort qu’il pourrait se fournir en masques en Chine ©Vesna Harny-Pixabay

Les masques font défaut. Et même si le gouvernement soutient qu’ils ne sont pas indispensables pour l’ensemble de la population – au motif que les gens ne les porteraient pas correctement – on peine à comprendre pourquoi la France ne dispose pas de stocks.

Interpellé à l’Assemblée nationale, jeudi 19 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a livré un début d’explication.

« Jusqu’en 2011 et ensuite 2013 – c’était une autre mandature ! – il y a eu jusqu’à un milliard de masques de stock d’État. Et puis il a été décidé que ce milliard de stocks d’État n’était plus indispensable tant les capacités mondiales de production de masques étaient désormais intenses, notamment en Asie. Encore une fois, la crise sanitaire a frappé la Chine, le premier pays producteur au monde qui a donc exploité la totalité de ses stocks et de ses capacités de production. »

Roselyne Bachelot avait vu juste

Le ministre de la santé fait référence au stock constitué en 2009 par Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé de Nicolas Sarkozy. Il s’agissait de faire face à la menace de la grippe H1N1. Au total, 1,7 milliard de masques chirurgicaux et FFP2 seront ainsi commandés (seulement 80% des masques chirurgicaux seront livrés).

Par chance, l’épidémie de grippe va se révéler moins féroce que prévu. Et l’essentiel des masques restera dans les entrepôts qui les abritaient.

Une bonne partie de la classe politique brocarde alors la ministre, l’accusant d’avoir gaspillé l’argent public en dénaturant le principe de précaution.

En 2010, Roselyne Bachelot est remplacée par Xavier Bertrand. Il va maintenir en l’état le stock évalué à 1,4 milliard de masques.

Le tournant de 2013

En 2012, François Hollande est élu à la présidence de la république. Marisol Touraine remplace Xavier Bertrand au ministère de la Santé.

C’est à ce moment que tout va se jouer. Le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) prend la main.

Dépendant du Premier ministre, cet organisme est chargé, entre autres, d’élaborer les plans d’urgence de l’État.

L’heure est aux économies. Plutôt que de maintenir des stocks qui se périment et qu’il faut donc renouveler, le SGDSN préconise de faire appel au marché mondial, et en particulier à la Chine. Recommandation que le ministère va suivre à la lettre.

Le marché mondial pourvoira aux besoins

C’est le principe du zéro stock cher aux grands groupes industriels combiné avec la division internationale du travail.

Une autre décision, lourde de conséquences, est prise à la même époque. L‘État se décharge sur les employeurs de l’obligation de fournir des masques. Suivant en cela les recommandations d’un rapport du Haut comité de la santé publique du 1er juillet 2011.

En 2015, les stocks de FFP2 ne s’élèvent plus qu’à quelques dizaines de millions.

On remarquera au passage que le conseiller chargé de la sécurité sanitaire dans le cabinet de Marisol Touraine entre 2013 et 2015 n’était autre que Jérôme Salomon, l’actuel directeur général de la Santé.

Ce qui explique, sans doute, pourquoi le gouvernement peine aujourd’hui à reconnaître la pénurie de masques. Ce serait reconnaître que les décisions prises en 2013 étaient irresponsables.