Menaces européennes sur l’agriculture bio

Demain, ces légumes bios pourraient contenir une certaine dose de pesticides selon les États ©DR

Va-t-on retrouver demain des pesticides dans certains produits portant l’étiquette bio ? Et ce, le plus légalement du monde ? C’est tout l’enjeu des négociations – peu médiatisées – qui se mènent en ce moment autour de la révision du règlement relatif à la production issue de l’agriculture biologique. Un dossier qui aurait dû être bouclé, voici déjà trois ans. Mais, depuis 2014, Commission, Conseil et Parlement ne parviennent pas à s’accorder sur un texte commun. Les États membres de l’UE vont donc être appelés à se prononcer.

À cette fin, la présidence maltaise du Conseil européen (qui rassemble quatre fois par an les chefs d’État ou chefs de gouvernement des vingt-huit États membres de l’Union européenne) a mené une série d’entretiens afin de rechercher le plus petit dénominateur commun. Et, ce mercredi 21 juin, elle doit présenter un document synthétisant ces échanges.

Un chantier qui inquiète les différents acteurs de la filière bio. Dans un communiqué commun, publié le 9 juin dernier, ils regrettent que « la recherche d’un compromis entre les institutions se fasse au détriment du cahier des charges de la bio ».

Le bio est aujourd’hui en pleine expansion. Neuf Français sur dix consomment du bio contre seulement un sur deux, il y a un peu plus de 10 ans. Entre 2015 et 2016, la consommation de bio a augmenté de 21,7 %. Le marché dépasse les 7 milliards d’euros et représente près de 120 000 emplois directs. Un boum qui repose essentiellement sur la confiance accordée par les consommateurs au label.

« Nous craignons précisément que les dispositions proposées par le Conseil, si elles venaient à être adoptées ébranlent cette confiance », explique la présidente de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), Stéphanie Pageot.

Du bio à géométrie variable

Premier grief, les seuils de contamination par les pesticides. Aujourd’hui la tolérance de traces de pesticides dans une production bio est proche de 1 %. On considère que cette contamination résiduelle est inévitable, car inhérente au transport des produits ou à la proximité des exploitations bio avec des installations ayant recours à des pesticides. Au-dessus de ce seuil, le producteur s’expose à un déclassement.

Le Conseil envisage que cette tolérance soit désormais fixée par chacun des États de l’UE.

« Ce qui reviendrait à créer plusieurs catégories de produits bio, souligne Stéphanie Pageot. Le consommateur ne s’y retrouverait plus. Sans parler de la concurrence. Le principe du bio, ce n’est pas plus ou moins de pesticides, c’est pas de pesticides du tout. ».

Des contrôles plus espacés

Second motif de mécontentement, la remise en cause du contrôle annuel des producteurs certifiés bio. Le Conseil serait favorable à un assouplissement du contrôle. Celui-ci n’interviendrait plus que tous les deux ans.

« Là encore, ce n’est pas pour rassurer les consommateurs, insiste Stéphanie Pageot. La crédibilité de nos produits repose sur la vérification. »

Bien entendu, la filière bio s’est tournée vers le nouveau ministre de l’Agriculture, Jacques Mézard, pour exprimer sa crainte de voir le label bio être dévalorisé par les instances européennes. Mais le rendez-vous a été reporté à trois reprises par ministère… À ce jour, les organisations représentatives sont toujours dans l’attente d’une date. Il y a pourtant urgence…

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