Municipales : la crise sanitaire pousse le vote écologiste

Les candidats écologistes, avec le soutien de la gauche, enregistrent de bons scores ©Pierre-Alain Dorange

Le Covid-19 a incontestablement influé sur le résultat du premier des élections municipales. Les électeurs qui se sont déplacés ont privilégié la stabilité plutôt que l’expression protestataire ou un quelconque dégagisme. Un réflexe légitimiste somme toute naturel dans un contexte de crise. On préfère s’en remettre à ceux qu’on connaît plutôt qu’à ceux qu’on ne connaît pas.

Les sortants reconduits

À Toulon, c’est le maire sortant LR Hubert Falco qui est reconduit pour la 4e fois avec plus de 60% des voix au 1er tour. À Nice, Christian Estrosi frôle la réélection avec 47,6%. À Lens, le socialiste Sylvain Robert, contre toute attente, a été réélu dès le premier tour avec 55% des voix.

Situation identique à Tourcoing avec Gérald Darmanin, le ministre du budget et à Coulommiers avec Franck Riester, le ministre de la culture. À Meaux, Jean-François Copé est réélu avec 76% des voix.

Même le RN bénéficie de cette prime au sortant. À Fréjus, David Rachline a été réélu au premier tour. Comme Julien Sanchez à Beaucaire. Ou Steve Briois à Hénin-Beaumont. Et même Robert Ménard à Béziers avec 69% des voix, bien qu’il n’ait pas eu, cette fois le soutien du RN.

À Nantes, la maire sortante PS Johanna Rolland est largement en tête. Comme l’écologiste Éric Piolle à Grenoble, que l’on disait menacé – il faut souligner qu’il a  bénéficié du soutien de tous les partis de gauche.

On peut également citer François Bayrou à Pau ou même Édouard Philippe au Havre – ce dernier pourrait cependant être battu si ses adversaires se rassemblent derrière le communiste Jean-Paul Lecoq.

À Paris, Anne Hidalgo que l’on donnait au coude à coude avec Rachida Dati est en tête, distançant cette dernière de 8 points.

Bref, tout se passe comme si les électeurs avaient voulu geler la carte électorale.

Espoirs de conquête déçus pour le RN

Il est significatif, par exemple, que tous les espoirs de conquête du RN se soient envolés.

À Denain, le porte-parole du mouvement, Sébastien Chenu, échoue devant la maire sortante, la socialiste Anne Lise Dufour-Tonini. Celle-ci a été reconduite dès le premier tour avec 57,10% des voix.

Échec également à Calais , ville que le RN comptait bien ravir à la droite.

Certes, à Perpignan, la plus grosse ville briguée par le RN, Louis Alliot arrive en tête avec 35,65% des voix. Mais le jeu reste ouvert. Le candidat RN n’améliore son score que d’un point et demi par rapport à 2014.

Poussée écologiste avec le soutien des partis de gauche

La seule surprise de ce scrutin reste la poussée écologiste. La dimension apocalyptique du moment – conjugaison d’une crise sanitaire avec une crise environnementale, sociale et financière – n’y est sans doute pas étrangère.

Ainsi à Lyon, Grégory Doucet (EELV) est en tête avec 28,46 % des voix. Dans la ville, Yann Cucherat, le successeur désigné de Gérard Collomb est arrivé en 3e position. Candidat à la présidence de la métropole, ce dernier voit désormais cette perspective s’éloigner.

À Strasbourg, c’est Jeanne Barseghian (EELV), appuyée par le PCF, qui devance de 8 points son adversaire Alain Fontanel (LREM), pourtant soutenu par le maire sortant.

Séisme à Bordeaux

À Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic (soutenu par une majorité de partis de gauche :PS, PCF, PRG, Génération.s, Place Publique…) fait jeu égal avec le maire sortant, Nicolas Florian qui avait succédé à Alain Juppé voici un an. À 96 voix près, l’écologiste était en tête.

Toulouse retient son souffle

À Toulouse, si le maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM, le PR et l’UD) arrive en tête, il pourrait bien être battu au second tour par un candidat écologiste, Antoine Maurice, soutenu par EELV, la FI et des dissidents du PS. Le réservoir des voix à gauche lui donne la victoire sur le papier.

Enfin, à Marseille, la liste de rassemblement de la gauche conduite par l’écologiste Michèle Rubirola devance celle de la LR Martine Vassal, pourtant soutenue par Jean-Claude Gaudin.

Seule déconvenue pour les écologistes, Rouen. Alors que l’on attendait une percée écologiste après la catastrophe de l’usine Lubrizol, c’est le candidat socialiste Nicolas Mayer-Rossignol qui arrive en tête avec 29,51% des voix. Le candidat EE-LV, Jean-Michel Bérégovoy ne recueille que 23,15% des voix alors qu’il était donné favori tout au long de la campagne.

La République en marche ne décolle pas

La République en marche est la grande perdante de ce scrutin. Le parti du président de la République se retrouve en 3e position à Lille, Rennes, Rouen, Besançon, Bordeaux, Lyon et même en 4e position à Perpignan. À Limoges, il est éliminé.

À Paris, Agnès Buzyn est en 3e position. Elle appelle au rassemblement. Mais même si Cédric Villani lui apporte ses voix, Agnès Buzyn restera derrière Anne Hidalgo. Car Rachida Dati ne compte certainement pas se désister en sa faveur

Ces élections municipales ont été terrassées par le virus. Plus qu’un rapport de forces, elles reflètent l’angoisse légitime du pays devant un mal invisible.