Néonicotinoïdes : le gouvernement revient sur l’interdiction

L’autorisation, même temporaire, des néonicotinoïdes menace la survie des abeilles, principal vecteur de pollinisation ©DR

Un pas en avant deux pas en arrière. Le gouvernement a annoncé jeudi 6 août qu’il envisageait d’autoriser les agriculteurs à utiliser dès 2021 et au plus tard jusqu’en 2023 des semences de betteraves enrobé d’un insecticide nocif pour les abeilles.

C’est le retour des nicotinoïdes, pourtant interdits en France depuis le 1er septembre 2018 en vertu de la loi biodiversité votée en 2016. Jusqu’à cette date, ils étaient utilisés pour éradiquer les pucerons et chenilles des champs de blé, betterave ou colza.

Une menace sur les insectes pollinisateurs

Les molécules de ces pesticides altèrent le système nerveux des insectes pollinisateurs, perturbant ainsi leur sens de l’orientation et leur mémoire. Les capacités de reproduction des insectes sont également affectées. Avant l’interdiction, 300 000 ruches disparaissaient chaque année.

En outre, les néonicotinoïdes ne restent pas sur les plantes. Une grande partie des molécules toxiques se dispersent dans l’eau et dans les sols au delà du périmètre des cultures.

Depuis le début de l’été, les représentants de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), une association spécialisée de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) alerte les pouvoirs publics sur l’envahissement des plantations par des pucerons verts. Ces derniers sont vecteurs du virus de la jaunisse de la betterave. Les rendements auraient enregistré une diminution de 30 à 50%, ce qui représente 800 000 tonnes de sucre en moins pour cette année.

La filière sucrière en péril selon le gouvernement

Pour justifier le revirement du gouvernement, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie  explique dans un communiqué que

« les alternatives techniques aujourd’hui disponibles se sont révélées inefficaces pour la culture de la betterave, en particulier dans les conditions climatiques du début de l’année 2020. »

Pourtant, dans un rapport de 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation , de l’environnement et du travail (Anses) souligne que dans 78% des cas une alternative non chimique aux néonicotinoïdes existe.

Pas d’alternative pour la ministre de l’Ecologie

« La loi n’est pas encore passée, je suis très attentive à toute proposition pour qu’on puisse éviter cela »,

a assuré Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique à l’occasion d’un déplacement à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques)

Malheureusement, aujourd’hui on ne peut pas, si on veut garder une filière sucrière en France, agir de manière durable en si peu de temps. Des semis vont être faits dans six mois, si on n’a pas trouvé de solution, ils ne se feront pas et donc il n’y aura pas de betteraves et il n’y aura plus de filière sucrière en France ».

Le Syndicat national d’apiculture (SNA) accuse le gouvernement de céder « à la pression des lobbys agricoles et agro-industriels ».

La modification législative autorisant le recours aux néonicotinoïdes pour les producteurs de betteraves devrait être examinée cet automne.