Le nouveau catéchisme de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot, ici le jour de son départ du ministère de l’Écologie ne sera pas resté absent longtemps de la scène politique ©Horizon durable

Nicolas Hulot est de retour. Quinze mois après avoir quitté avec fracas le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’ancien animateur de télé s’empare à nouveau de la scène médiatique. Tribune dans le Monde, longue interview en direct sur Brut, le média diffusé en live sur les réseaux sociaux, sur France Inter, entretien dans le Monde… Bref, un plan média musclé pour promouvoir les propositions de celui qui reste une des personnalités préférées des Français.

Foire aux bons sentiments

Celles-ci se déclinent en « 100 principes pour un nouveau monde ». Ambition respectable. Mais la promesse n’est pas au rendez-vous. Car cette liste tient davantage de la foire aux bons sentiments que d’une vision prospective. Qui ne saurait être d’accord avec des lieux communs tels que « le temps est venu d’applaudir la vie » ; « le temps est venu d’honorer la beauté du monde » ; « le temps et venu d’apprendre de nos erreurs » ; « le temps est venu de combler les inégalités de destin » ?

Du coup, on s’interroge sur la finalité de ce catéchisme. S’agit-il de fédérer le plus grand nombre autour des préoccupations environnementales ? La prise de conscience est déjà bien avancée. S’agit-il de définir un nouvel horizon pour que la société post-confinement ne reproduise pas les erreurs de celle qui l’a précédé ? Les bons sentiments n’y suffiront pas.

Additionner les forces

Il faut se rabattre sur l’entretien accordé au monde en parallèle de la tribune pour y voir un peu plus clair.

« Ce nouveau modèle ne va pas s’ériger spontanément en quelques jours, mais on peut fixer l’horizon pour le constituer, explique l’ancien ministre de l’Écologie. Il faut le faire, encore une fois, non pas dans la confrontation, mais dans l’addition et dans la mutualisation. C’est pourquoi on doit générer un changement d’état d’esprit, afin de mettre fin à la défiance entre les uns et les autres. »

Addition et mutualisation. Nicolas Hulot entend donc être le pivot d’un nouveau rassemblement. Dont la première pierre est déjà jetée apparemment, puisque sur la question sociale, il renvoie vers le « Pacte du pouvoir de vivre » signé par la fondation Nicolas Hulot et 18 associations au départ (plus d’une cinquantaine à la date du 10 mai 2020). On y retrouve la plupart des grandes ONG (Réseau action climat, Oxfam, France Nature environnement…) des syndicats (CFDT, CFTC, UNSA, FAGE) et les poids lourds de l’aide aux plus défavorisés (Secours catholique, Emmaus, Armée du salut, Fondation Abbé Pierre…)

Conjuguer social et environnement

Les signataires entendent conjuguer le social et l’écologie :

« Alors que la société civile organisée peine à se faire entendre par le gouvernement depuis le début du quinquennat, 19 organisations ont décidé de s’unir pour porter ensemble la convergence de l’écologie et du social. Pour la première fois, elles s’engagent à faire front commun en défendant collectivement 66 propositions qui permettent d’offrir à chacun le pouvoir de vivre. »

Ce rassemblement qui représente des millions de voix, comme le souligne justement le manifeste qui le fédère, reste néanmoins en panne d’incarnation. Le renfort de Nicolas Hulot est donc bienvenu.

Candidat en 2022

Voilà qui ressemble furieusement aux prémices d’une campagne électorale. Comment ne pas nourrir le soupçon d’une ambition présidentielle chez l’ancien ministre ? Les journalistes du Monde ont posé la question. Réponse de Nicolas Hulot :

« Encore une fois, je suis à des années-lumière de cette échéance. Notre manifeste n’est pas un acte politique : il a vocation à tenter de rassembler autour de principes, d’où découleront, je l’espère, des choix politiques et économiques. À mes yeux, 2022, c’est presque de la science-fiction, car tout se joue dans les semaines et les mois qui viennent, avec des décisions majeures à prendre. »

Soit. Mais qui portera ce projet alors ?

Pôle écolo-progressiste à l’Assemblée

C’est la question que se posent aujourd’hui un certain nombre de députés appartenant ou ayant appartenu à La République en marche. Une trentaine d’entre eux projette la création d’un neuvième groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Ils viennent de l’aile gauche des macronistes – le groupe social-démocrate créé par Jean-François Cesarini, décédé au mois de mars -, du groupe Libertés et territoires où ont trouvé refuge quelques exclus de LaREM, de l’entourage de Cédric Villani, candidat dissident à la mairie de Paris et des amis de Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire qui se trouve être, justement, l’ancien porte-parole de Nicolas Hulot.

Le jour d’après

Avec Paula Forteza, députée des Français de l’étranger et soutien de Cédric Vilani, Matthieu Orphelin est l’initiateur de la plateforme « Le jour d’après » qui a jeté les bases de ce qui, demain,  pourrait être le programme de ce groupe.

Au cœur de la réflexion de ce groupe, il y a, bien sûr, une préoccupation environnementale, assortie du refus des excès du libéralisme et de la mondialisation – à supposer qu’il puisse y avoir une mondialisation vertueuse. Pour le dire autrement, on retrouve dans ce projet quelques-uns des fondamentaux du courant strausskahnien dont justement, plusieurs parlementaires sont issus.

L’archipel de la majorité présidentielle

Ce nouveau groupe n’est pas dans l’opposition. Mais son soutien à la majorité s’exprimera au cas par cas. C’est la théorie de la majorité archipel. Des îlots qui dressent des ponts entre eux au gré des circonstances. À charge pour l’exécutif de rédiger sa copie en conséquence.

Derrière cette initiative parlementaire, il y a aussi une certitude politique : en cas de duel entre Marine le Pen et Emmanuel Macron, il n’est plus du tout certain que le second soit en mesure de rassembler derrière lui ceux qui veulent empêcher l’extrême droite de parvenir au pouvoir. Le fossé est trop important entre le président et le peuple.

Si l’on veut éviter une catastrophe politique, il faut donc trouver un nouveau champion. Un rôle que pourrait opportunément remplir Nicolas Hulot, personnalité consensuelle s’il en est.

Poussée écologiste aux municipales

Et ce, d’autant plus que la poussée écologiste lors des élections municipales, confirme l’adhésion de l’opinion. À Lyon, à Bordeaux à Strasbourg, à Toulouse, à Marseille, les candidats écologistes sont en position de l’emporter. L’alignement des planètes est donc favorable.

L’obstacle Jadot

Sur la route de Nicolas Hulot, il y a cependant un obstacle : Yannick Jadot, le leader d’EELV qui est sur le même créneau. Appuyé par Laurent Berger, le patron de la CFDT, il veut structurer une coalition climat qui rassemblerait écolos modernistes et sociaux libéraux. Pour aller vite, disons l’aile droite d’EELV et les macronistes déçus en passant par les socialistes orphelins.

Car Jadot n’entend plus être condamné à jouer la roue de secours de la gauche réformiste en perdition. Comme ce fut le cas en 2017 avec Benoît Hamon. Le problème, c’est qu’à force d’envoyer des signaux au centre – droit, Jadot est en train de perdre la gauche de son mouvement.

Vente à la découpe d’EELV

Arrivé en tête du premier tour des municipales, le maire sortant de Grenoble, Éric Piolle, théorise une tout autre stratégie que celle de Jadot : le rassemblement de la société civile et de la gauche autour d’un projet qui fusionne la question sociale et la question environnementale. Sans le PS, si nécessaire, puisqu’à Grenoble, coupable de sympathie avec les macronistes.

Éric Piolle bénéficie en outre du soutien de la France insoumise. Ce qui n’est pas rien pour cette formation qui, ainsi, accéderait aux responsabilités dans la 16e commune de France.

Yannick Jadot est pris en étau. Sur sa droite par des macronistes défroqués. Et sur sa gauche, par des forces qui s’inscrivent dans le sillage de la France insoumise. Une vente à la découpe, en quelque sorte d’Europe écologie les verts. Ce qui n’est certainement pas la meilleure configuration pour bloquer une dynamique Hulot. Les alliances qui seront conclues pour second tour des élections municipales devraient permettre d’y voir u peu plus clair dans les rapports de force.

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