Nicolas Hulot au gouvernement : jusqu’à quand ?

Nicolas Hulot
L’entrée de la ZAD de Notre-Dame des Landes ©DR

Quelle sera sa marge de manœuvre ? Entre un Premier ministre, zélateur appointé du nucléaire en son temps, un président de la République qui n’accorde que peu d’intérêt à l’écologie – sauf quand elle lui procure un effet d’affichage – et un ministre de l’Économie, Bruno Le Maire qui considère que les écolos sont des empêcheurs de tourner en rond, Nicolas Hulot devra ruer dans les brancards s’il veut simplement survivre.

À vrai dire le pari paraît déjà perdu. Quand, dans 6 mois, gendarmes et CRS évacueront Notre-Dame des Landes, que pourra-t-il dire ou faire, sinon démissionner sauf à se discréditer ?

Il serait étonnant qu’il ait reçu des assurances qu’on n’expulserait pas les agriculteurs et les zadistes qui occupent le périmètre. Édouard Philippe est favorable au projet d’aéroport et considère, comme il l’avait déclaré sur France Info, que la ZAD doit être évacuée par la force publique. Emmanuel Macron aimerait faire l’économie de la violence en passant par un médiateur. Mais lui aussi est convaincu qu’il faudra se résoudre à l’expulsion.

Surtout, c’est la cohabitation avec Bruno Le Maire et Bercy qui ne manquera pas de poser problème. Car il faut se souvenir que le nouveau ministre de l’Économie est un ancien candidat à la présidentielle. Consultation pour laquelle il avait rédigé un programme d’un bon millier de pages. Et sur l’écologie, l’homme se montre assez rétrograde. Sur le principe de précaution par exemple :

Les barrières à l’innovation et au progrès scientifique générées par le principe de précaution ont un impact négatif sur de larges pans de notre économie. La suppression du principe de précaution représente donc un symbole fort, mais nécessaire pour que la France puisse enfin retrouver cet esprit de conquête qui lui fait défaut ».

La loi sur la transition énergétique n’est pas promise à meilleur sort. S’il est un partisan des énergies renouvelables, Bruno Le Maire, en revanche, s’en remet au marché pour promouvoir celles-ci. Il veut mettre en « saine concurrence » énergies fossiles et énergies renouvelables. Pas besoin d’être grand sorcier pour deviner qui l’emportera, des puissants lobbies du pétrole et du charbon ou des groupes en devenir de l’éolien et du photovoltaïque.

Partisan du nucléaire, Bruno Le Maire a proposé pendant la campagne électorale d’étaler le grand carénage, la prolongation des centrales jusqu’en 2030. Ce qui permettrait, selon lui, de mieux absorber les 100 milliards d’euros que coûte cette opération. Le hic, c’est que pareil étalement va à l’encontre de l’organisation de la sûreté nucléaire telle qu’elle a été fixée par la loi en 2006.

Ainsi bordé par Bercy et Matignon, Nicolas Hulot fait davantage figure d’otage que de prise de guerre.

Certes, sur les perturbateurs endocriniens, sujet sur lequel l’Europe ne parvient toujours pas à se mettre d’accord, l’ancien présentateur d’Ushuaia peut marquer des points. Comme sur le Grenelle de l’alimentation promis par Emmanuel Macron. Ou sur la mise en œuvre des accords de Paris sur le réchauffement climatique, au moment même où les États-Unis et, dans une moindre mesure, la Russie, entendent revenir sur leurs engagements.

« Je serai le gardien du temple » a lancé Nicolas Hulot, à l’adresse de Ségolène Royal, sur le perron de l’hôtel de Roquelaure qui abrite le ministère de l’Environnement. S’il parvient à éviter le détricotage des lois sur la transition énergétique et la biodiversité, ce sera déjà bien beau. Mais, à ce compte-là, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Sans doute est-ce l’opportunité, avec Emmanuel Macron, de pouvoir s’engager dans l’action politique sans être aussitôt affublé d’une étiquette de droite ou de gauche qui a poussé Nicolas Hulot à sauter le pas. Mais une fois l’affichage médiatique passé, que pèsera-t-il vraiment au sein du gouvernement ?

Ils sont quelques-uns dans l’histoire de la République, figures morales incontestées, à avoir fait cette désagréable expérience. Ainsi l’éminent cancérologue Léon Schwartzenberg, qui nommé ministre délégué à la Santé le 29 juin 1988 démissionna moins de deux semaines plus tard pour avoir exprimé un peu trop librement son point de vue. Ou le médecin et naufragé volontaire Alain Bombard, nommé secrétaire d’État auprès du ministre de l’Environnement le 22 mai 1981 qui rendit son tablier le 24 juin suivant.

Le résultat des élections législatives sera déterminant dans cette affaire. Si Emmanuel Macron ne trouve pas de majorité absolue, il aura besoin d’alliés. Nicolas Hulot pourrait, à cette occasion, en profiter pour s’imposer. Mais la fenêtre reste étroite. Très étroite.

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