Notre-Dame-des-Landes : comment le gouvernement compte éviter la violence

Le gouvernement a donc décidé d’abandonner la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Un renoncement qui s’annonce périlleux tant le chemin d’une sortie de crise maîtrisée est étroit.

Le 1er ministre, Édouard Philippe, a expliqué qu’il s’agissait d’une décision « d’apaisement » après avoir constaté que « les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet » au regard d’un « contexte exacerbé d’opposition ».

Pour le gouvernement, il est essentiel que cette décision n’apparaisse pas comme une victoire des opposants installés sur la ZAD depuis une dizaine d’années. Il lui faut donc absolument évacuer cette zone de 1 600 hectares et ses 2 à 300 occupants.

S’il ne le fait pas, il s’expose aux accusations de faiblesse de la droite, en l’occurrence le sénateur Les Républicains Bruno Retailleau, ardent supporter du projet d’aéroport, et Laurent Wauquiez, le nouveau président LR.

Éviter la contagion

Il y a encore la crainte d’une contagion : Notre-Dame-des-Landes n’est pas la seule ZAD de France. D’autres abcès de fixation pourraient prendre la relève. Ainsi à Bure dans la Meuse où il est prévu d’enfouir des déchets radioactifs. Ou bien à Roybon dans l’Isère qui voit un projet de Center Parcs être de plus en plus contesté. Sans oublier le projet de contournement routier de Strasbourg et le projet Europacity dans le triangle de Gonesse.

Évacuer les zadistes de Notre – Dame-des-landes, c’est donc dissuader tous leurs émules présents et à venir.

Pour autant, il n’est pas question de rouler du muscle. De rééditer, par exemple, l’opération César en octobre 2012 où 2 000 gendarmes et CRS n’étaient pas parvenus à expulser les occupants de la ZAD au terme de 3 semaines d’affrontements.

Écarter le scénario guérilla

Car des scènes de guérilla ne manqueraient pas de provoquer une exacerbation de l’opinion : une partie réclamerait un usage accru de la force tandis que l’autre se solidariserait chaque jour davantage avec les zadistes.

Une situation qui, à terme, rendrait impossible le maintien de Nicolas Hulot au gouvernement, ce qu’Emmanuel Macron veut éviter à tout prix.

À ce tableau se rajoute le précédent de Sivens avec la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive – drame dont l’instruction vient de se solder par un non-lieu scandaleux.

Le gouvernement a donc opté pour la méthode des ultimatums étalés dans le temps.

Libérer les routes

Premier ultimatum, la libération des 3 routes qui traversent la ZAD dans les prochains jours. Et plus particulièrement la route départementale 281.

Ce qui ne devrait pas constituer un obstacle. L’ACIPA, la coordination des opposants, indiquait dans un communiqué diffusé mercredi que :

En ce qui concerne la question de la réouverture de la route D281 (…) le mouvement s’engage à y répondre lui-même. La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation.

Deuxième ultimatum, le départ volontaire des occupants d’ici le printemps. De fait, la trêve hivernale interdit toute évacuation des bâtiments en dur avant le 31 mars 2018.

Régularisation des agriculteurs alternatifs

Néanmoins, la porte reste ouverte à une régularisation de certains occupants de la ZAD.

Le Premier ministre a en effet indiqué que « de nouveaux projets agricoles seraient accueillis » sur son périmètre.

Édouard Philippe fait ainsi écho aux propositions de José Bové qui, ces dernières semaines, préconisait de s’inspirer du précédent du Larzac où les paysans ont pu s’installer sur les terres libérées par l’armée.

La méthode saucisson

L’idée générale du gouvernement est de saucissonner le mouvement zadiste en distinguant agriculteurs alternatifs et militants politiques. Si tant est que cette distinction corresponde à une réalité…

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, déclarait, il y a quelques jours que la ZAD

« sera en tout cas évacuée des éléments les plus radicaux (…) Ce que nous voulons, c’est lui donner un autre avenir. Il y a toute une série de gens qui ont des projets sur la ZAD, donc qui sont prêts le cas échéant à pouvoir faire autre chose ».

Saucissonnage géographique également avec l’installation de barrages filtrants de gendarmerie tout autour de la ZAD.

La hantise du gouvernement est que vienne s’agréger aux occupants de la ZAD la mobilisation des milliers et des milliers de personnes qui se sont opposés à l’aéroport.

Or, justement, un grand rassemblement est prévu pour le 10 février à Notre-Dame-des-Landes.

Pour éviter cette extension de la lutte, 400 gendarmes se sont déployés ce jeudi pour contrôler les accès du périmètre occupé.

Pourrissement contrôlé

C’est donc sur un pourrissement contrôlé de la situation que mise le gouvernement. Au final il espère qu’il ne restera qu’une poignée de personnes à expulser. Opération qui, alors, ne déclenchera que des protestations de pure forme.

Avantage de ce scénario gradué : s’il dérape, le gouvernement aura beau jeu de faire porter la responsabilité d’éventuels affrontements aux zadistes en affirmant qu’ils ont refusé la main tendue.

La bataille qui s’engage est donc d’abord une bataille de communication dans laquelle les images vont jouer un rôle essentiel. Et aussi, n’en doutons pas, quelques bobards et autres fake news.

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