A Montreuil, permaculture et jardinage solidaire se donnent la main

permaculture urbaine
Jardin Pouplier, Montreuil

De plus en plus tendance, la permaculture prend de l’ampleur. Le documentaire d’Adrien Bellay L’Éveil de la permaculture, sorti dans les salles le mercredi 19 avril, est d’ailleurs entièrement consacré à ce sujet. Pour se familiariser avec le concept, Horizon Durable a foulé les terres d’un jardin partagé montreuillois aménagé selon les principes emblématiques de la permaculture.

Le terme de permaculture ne vous est sans doute pas inconnu. Issu d’une contraction des mots « permanent » et « agriculture », ce néologisme désigne un concept inventé par les Australiens Bill Mollison et David Holgrem au cours des années 70. Il correspond à la fois à une éthique, à une science et à une philosophie qui visent toutes un dessein commun : instaurer un écosystème durable.

Dans son film, Adrien Bellay suggère que la permaculture est à la portée de tous, y compris des urbains. Désireux d’en savoir plus, Horizon Durable s’est rendu en région parisienne, tout au bout de la ligne 9 de métro, à Montreuil- commune de la Seine Saint-Denis qui compte un peu plus de 100 000 habitants- dans le quartier des Mûrs à Pêche.

60 rue Saint-Antoine

Une surface d’environ 4000 m2, des parcelles de fleurs éparses, des arbres fruitiers, des plantes officinales, un potager… C’est derrière une élégante maisonnette située tout au bout de la rue Saint-Antoine que se déploie le jardin Pouplier, l’un des deux jardins partagés de l’association montreuilloise Le Sens de L’Humus, fondée en 2006. Frédéric Géral, 51 ans et coordinateur de l’association, nous fait visiter les lieux sous un soleil éclatant.

Mare, jardin Pouplier

Buttes, spirales, toilettes sèches : des méthodes emblématiques de la permaculture

Dans cet espace aménagé selon des méthodes qui s’inspirent directement de la permaculture, plus de 100 espèces de plantes cultivées et de plantes sauvages se côtoient :

Ce jardin a appartenu à Geneviève Pouplier, la dernière horticultrice de Montreuil. Depuis 2006, nous essayons de le préserver le mieux possible, en suivant les principes de l’aménagement permacole. À l’époque, nous étions des précurseurs car personne ne parlait de permaculture en Ile-de-France », raconte Frédéric Géral.

Calqué selon les principes du biomimétisme, la permaculture appliquée dans un jardin vise à créer un espace pérenne où végétaux, insectes, plantes et potagers agissent en synergie et unissent leur ressources naturelles de manière à ce que l’intervention de l’homme ne soit plus nécessaire. Un sol alimenté par de l’eau de pluie et des déchets organiques deviendra par exemple auto-fertile.

« Spirales aromatiques », ronds de pierres qui entourent des plantes et qui permettent de conserver toute la chaleur et l’humidité.

Au Jardin Pouplier, l’esprit « permaculture » est bien présent. Des spirales aromatiques aux toilettes sèches, en passant par les « buttes lasagnes» – des sols fertiles cultivés en hauteur avec plusieurs couches de matière organique- tout a en effet été aménagé pour créer un espace agricole pérenne.

Une mare a été installée afin de créer un microclimat. Les rayons de soleil qui se reflètent sur l’eau deviennent une source de chaleur pour les végétaux. Ce carreau d’eau permet également de développer la biodiversité et de donner un refuge aux animaux mangeurs d’insectes nuisibles pour les plantes. De l’autre côté du jardin, un espace est réservé aux ruches d’abeilles,insectes pollinisateurs essentiels pour la reproduction des plantes.

Vie en collectivité : un pilier fondamental de la permaculture

En 2012, le jardin Pouplier a vu naître le projet d’un jardin solidaire qui a pour vocation d’aider les personnes en difficulté à se réintégrer dans la société par le biais du jardinage. Frédéric Géral est à l’origine de cette initiative. Depuis qu’il coordonne l’association, ce quinquagénaire a trouvé tout ce que son ancien emploi de formateur pour adulte ne lui apportait plus :

Finalement, c’est aussi ça la permaculture. La dimension collective et sociale y occupe une place très importante.

Frédéric Géral, coordinateur de l’association Le Sens de l’Humus

« Si on continue à tout bétonner, on va en crever»

Ouvert au public du mardi au jeudi (sur rendez-vous), et le week-end dès l’arrivée des beaux jours, le jardin Pouplier propose aussi quatre fois par an des initiations théoriques et pratiques à la permaculture de 2 jours ouvertes à tous. La prochaine aura lieu en juin.

Les personnes qui participent à ces formations sont majoritairement des Parisiens qui veulent expérimenter la permaculture dans leur jardin ou sur leur balcon ou qui sont tout simplement sensibles à tout ce qui se rapporte à la protection de l’environnement, explique Frédéric Géral. Le but de ces formations est principalement de faire prendre conscience aux participants que préserver la nature est indispensable et que si l’on continue à tout bétonner, on va en crever. Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais de montrer qu’il existe des solutions pour adoucir la descente énergétique de demain. Et la permaculture en est une.