Perturbateurs endocriniens : l’Europe tourne le dos au principe de précaution

Le texte adopté doit encore recevoir l’aval du parlement européen ©DR

Au terme de quatre années de négociations et de multiples ajournements,  les représentants des États membres européens ont adopté ce 4 juillet la définition des critères qui doivent permettre d’identifier les substances perturbatrices endocriniennes.

Cette adoption permettra l’application du règlement européen de 2009 sur les pesticides. Ces critères seront vraisemblablement étendus à d’autres secteurs (cosmétiques, produits alimentaires).

Pour autant, ONG et scientifiques ne sont pas  satisfaits par ce texte. La niveau de preuve de la présence de perturbateurs est trop élevée, puisque ceux-ci doivent avoir un effet « avéré » ou « présumé« .

Or cette démonstration ne peut être faite qu’après coup, c’est-à-dire après qu’il y ait des victimes et que celles-ci aient pu faire reconnaître le lien de causalité entre leur état et les substances incriminées. D’interminables actions en justice se profilent. D’autant que les lobbies des pesticides ont le moyens de faire traîner les procédures.

C’est pour cette raison que la communauté scientifique recommandait de reprendre la classification des substances cancérogènes qui ajoute la catégorie « suspectée » aux deux autres catégories « présumée » et « avérée ». Elle n’a pas été entendue.

Second grief, l’exception imposée par l’Allemagne, gros producteur de substances toxiques. Un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés » pourra ainsi être écarté, quant bien même perturberait-il les systèmes endocriniens d’autres espèces, dont les humains. Ce qui revient à édulcorer la portée du texte adopté par les États membres.

Nicolas Hulot a assuré que la France se montrerait particulièrement vigilante sur ces produits. « Si leur dangerosité est avérée, nous les sortirons unilatéralement du marché », a-t-il déclaré.

Le pourra-t-il vraiment ? les lobbies auront tôt fait de mettre en avant la distorsion de concurrence pour s’opposer à cette interdiction du marché français. Là encore, de sévères batailles devant les juridictions s’annoncent.

Le débat n’est pas clos pour autant. Le texte adopté doit encore obtenir l’aval final, dans les trois mois, du Conseil puis du Parlement. D’ores et déjà, 70 ONG européennes appellent ce denier à rejeter les critères adoptés.

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