Présidentielle : quel que soit le vainqueur, on a du souci à se faire pour l’environnement

Les 7 questions environnementales qui fâchent

Palais de l’Elysée @ActuaLitté

Fillon, Le Pen, Macron. Selon toute vraisemblance, deux de ces trois noms seront au second tour de l’élection présidentielle*. Et quel que soit le vainqueur, les défenseurs de l’environnement et du développement durable auront de bonnes raisons d’être insatisfaits, voire mécontents.

Car aucun de ces trois candidats ne répond complètement à ce que l’on pourrait considérer comme le socle minimum du développement durable. Certes, il y a des différences entre eux. Certains satisfont davantage au cahier des charges que d’autres. Mais au final, aucun n’est exempt de critiques. Revue de détail des points qui fâchent :

1. La COP 21 et l’accord de Paris

Marine Le Pen juge « bancal et inexploitable » l’accord de Paris de 2015 sur le climat et estime que le climat est une affaire nationale qui ne doit pas être traitée à l’échelon international. On sait pourtant depuis Tchernobyl que les frontières ne mettent pas à l’abri des phénomènes naturels, quand bien même ceux-ci résultent de l’activité humaine.

François Fillon, lui, appliquera l’accord de Paris. Il propose de fixer à 30 € le prix plancher de la tonne de CO2  sur le marché des droits d’émissions de gaz à effet de serre.

Emmanuel Macron va plus loin en proposant de le porter la tonne de CO2 à 100 €. Mais en…2030 ! D’ici là… L’ancien patron de Bercy  veut un dialogue nourri avec la Chine (24 % des émissions mondiales de CO2) sur l’application de l’accord de Paris pour doter le fonds de financement (100 milliards de dollars, chaque année jusqu’à 2020) et aller vers des mesures contraignantes.

2. Le nucléaire

François Fillon stoppera la fermeture de la centrale de Fessenheim. Il veut prolonger l’exploitation des centrales nucléaires existantes de 40 à 60 ans, sous réserve de l’accord, au cas par cas, de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Enfin, il entend développer une gamme de petits et moyens réacteurs nucléaires et renforcer les études sur les réacteurs de 4e génération (pour mémoire, on rappellera que nous n’en sommes qu’à la deuxième génération. La troisième génération, le pharaonique EPR de Flammanville, est encore en chantier et, surtout n’est pas techniquement au point).

Marine Le Pen refuse également la fermeture de la centrale alsacienne. Elle prône le grand carénage (porter de 40 à 60 ans la durée de vie des centrales par le remplacement de pièces à l’exception de la cuve et l’équipement de confinement).

Sur le sujet, Emmanuel Macron est plus nuancé, ou flou, c’est selon. Il entend respecter l’engagement de la loi sur transition énergétique qui prévoit, à horizon 2025, de ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique. Un calendrier qui sera toutefois soumis à l’avis de l’ASN en 2018. Autrement dit, la promesse peut être révisée. D’ailleurs, a-t-il confié récemment « je ne sais pas si l’objectif de 50 % est atteignable ».

De quoi s’inquiéter car il reste un fervent partisan du nucléaire comme l’atteste cette profession de foi de juin 2016 :

« Le nucléaire est un choix français, un choix d’avenir. Il y a toujours eu des retards, des doutes, des controverses mais il y a toujours eu cette volonté d’avancer » (…) « Nous sommes le pays avec la plus grande souveraineté sur la production électrique et avec le mix le plus décarboné. Certains pays ont fait le choix d’arrêter le nucléaire et d’avoir recours au charbon et au lignite. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. (…) Le cœur de notre stratégie décarbonée est le nucléaire.

3. Les énergies renouvelables

Sur ce chapitre Emmanuel Macron est plus clair : il tiendra l’objectif de porter à 32 % la part des énergies renouvelables. Dès le début du quinquennat, il annoncera la totalité du calendrier des appels d’offres (pour 26 GW soit l’équivalent de 6 réacteurs nucléaires ) et il garantira l’équivalent de 30 milliards d’investissements dans les renouvelables. Objectif : doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque. Des investissements qui seront exclusivement privés, l’État ayant seulement la mission de les « encourager ». La réalisation des objectifs reste donc incertaine…

Marine Le Pen veut développer massivement les énergies renouvelables, à l’exception, curieusement, de l’éolien pour lequel elle propose un moratoire. Elle considère les hélices – terrestres et offshore — comme « une vraie pollution visuelle » et s’inquiète des éventuels effets que cette source d’énergie propre peut avoir sur la santé des riverains.

En revanche, elle est la seule à s’opposer à la privatisation des barrages hydroélectriques français. Les concessions hydroélectriques fournissent 12 % de l’électricité produite chaque année. C’est la première source d’énergie renouvelable du pays. La loi de transition énergétique en autorise la cession au privé, une exigence de Bruxelles. Mais pourquoi abandonner un modèle public qui est une réussite économique et environnementale ? Sur ce sujet, Fillon et Macron restent silencieux.

François Fillon veut supprimer l’obligation d’achat de la production d’électricité par EDF pour les nouvelles installations ainsi qu’à l’échéance des contrats en cours pour les installations existantes. Obligation qui, aujourd’hui, tire le développement des énergies renouvelables. Avec le candidat LR, les petites structures de production basculeront dans le marché et les appels d’offres. Seront-elles en mesure de résister ? On peut en douter.

4. Les OGM

Emmanuel Macron maintiendra l’interdiction, mais autorisera la recherche publique théorique.

« Je ne suis pas à l’aise avec le fait que toute la recherche soit entre les mains de Monsanto et Bayer. »‘

a-t-il expliqué  récemment. Ambiguïté qui interpelle : faut-il entendre que les OGM pourraient un jour être autorisés si une industrie française était en mesure de concurrencer Monsanto-Bayer ?

François Fillon veut réécrire le principe de précaution « pour favoriser l’innovation responsable » (on se souviendra que le principe de précaution a été introduit dans la Constitution par un gouvernement de droite, sous la présidence de Jacques Chirac). Il y a tout lieu d’être inquiet, puisqu’il y a encore 6 mois, il voulait le supprimer de la Constitution au profit d’un principe de responsabilité. L’ancien Premier ministre, qui avait pourtant mis en place un moratoire sur l’OGM MON 810 en 2007, propose maintenant de « relancer les recherches qui ont été interrompues au nom du principe de précaution, notamment en génétique« .

5. Gaz de schiste

Toujours au nom de ce principe de responsabilité, François Fillon réclame la réouverture des recherches sur l’extraction des gaz de schiste avec des moyens respectueux de l’environnement. L’exploitation de gaz de schiste par la technique de la fracturation hydraulique est interdite depuis la loi du 13 juillet 2011. Le Premier ministre de l’époque s’appelait… François Fillon.

Une position dont Marine Le Pen se rapproche : elle entend interdire l’exploitation du gaz de schiste, « tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies ». Quels sont les critères qui permettront d’en juger ? Mystère.

En revanche, Emmanuel Macron est catégorique : il n’y aura pas de permis d’exploration ou d’exploitation de gisements  de gaz de schiste sous son quinquennat.

6. Les pesticides

François Fillon est favorable à l’utilisation du glyphosate en France au nom de la défense de l’agriculture française dans la compétition mondiale. Alors même que la Commission européenne pourrait être amenée à l’interdire dans les mois qui viennent.

Le programme d’Emmanuel Macron est, lui, totalement muet sur le sujet. Interrogé Le 29 mars sur une radio périphérique, l’ancien ministre du budget a déclaré qu’il était favorable à l’arrêt des pesticides. Il était temps…

Pour Marine Le Pen, c’est le gouvernement qui devra examiner « des règles simples, de portée générale, concernant l’usage des engrais, des herbicides, des pesticides, des antibiotiques dans les élevages et les conditions nécessaires pour éviter la contamination par les OGM dans les champs. » Une façon de renvoyer à plus tard la décision sur le sujet.

7. Les transports

François Fillon propose de « réfléchir à l’abandon du diesel« . Ce qui n’engage à rien.

Emmanuel Macron est plus convaincant, puisqu’il veut aligner progressivement la fiscalité du diesel sur celle de l’essence de façon à ce qu’elles soient à égalité au terme du quinquennat. Il propose, dans la foulée une prime à la conversion de 1 000 euros pour les ménages modestes souhaitant remplacer leur ancien véhicule diesel par un modèle hybride, électrique ou non diesel.

Marine Le Pen s’oppose à une taxation spécifique du diesel « car ce sont les classes modestes qui en seront directement les victimes« .

Une fois n’est pas coutume, Emmanuel Macron et Marine Le Pen tombent d’accord pour impulser une filière hydrogène. L’ancien ministre propose de développer les partenariats franco-allemands, en s’appuyant sur le laboratoire Liten du CEA.

Il convient de se montrer circonspect sur cette technologie. Si un véhicule fonctionnant à l’hydrogène n’émet ni CO2, ni oxyde d’azote lors de son utilisation, la production d’hydrogène en amont se révèle énergivore. Et, surtout, elle peut s’accompagner d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Il sera donc nécessaire d’établir un bilan carbone complet de la filière afin de juger de la pertinence de ce mode de propulsion.Enfin, on soulignera que le prix moyen d’un véhicule hydrogène se situe aujourd’hui entre 60 000 et 75 000 euros…

*Les sondages valent ce qu’ils valent. C’est-à-dire qu’ils indiquent des tendances à un moment particulier. Mais certainement pas le résultat final. Et dans cette campagne où les rebondissements n’ont pas manqué, un bouleversement n’est pas à exclure. Qui sait, par exemple, où en sera Jean-Luc Mélenchon dans une semaine ?  Cependant, nous avons choisi de retenir les estimations de l’heure pour retenir les programmes à examiner. Si les rapports de force évoluaient, nous  reviendrions en détail sur les propositions de Jean-Luc Mélenchon (ou un autre candidat en mesure d’accéder au second tour).

 

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