Rapport du GIEC sur les océans : la planète fait naufrage

C’est un document alarmant qui a été rendu public mardi 24 septembre par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le rapport spécial sur les océans et la cryosphère dans un monde dont le climat change montre que le réchauffement climatique n’épargne pas les océans, bien au contraire.

Ce rapport est le dernier d’une série de trois rapports commandés par l’ONU lors de la COP 21, en 2015. Les précédents traitaient de l’objectif de limitation à 1,5 °C du réchauffement climatique (octobre 2018) et de la dégradation des terres émergées (août 2019).

Fort d’un millier de pages, ce document est le fruit de la collaboration de 104 experts scientifiques originaires 36 pays. Il sera donc difficile d’en minorer la validité.

50% de l’oxygène vient de l’océan

On le sait peu, 50 % de l’oxygène que nous respirons vient de l’océan. En contrepartie, celui-ci absorbe 22 % des émissions totales de CO2 depuis les années quatre-vingt.

L’absorption de CO2 par l’océan provoque son acidification. À son tour, cette acidification détruit les récifs coralliens, réduit la biodiversité marine et menace la pêche.

Le réchauffement des eaux s’accélère

L’océan capture environ 90 % de l’excès de chaleur provoqué par les émissions de carbone. Il se réchauffe de plus en plus vite – le rythme a doublé depuis 1993.

Le réchauffement des eaux de surface réduit le brassage avec les eaux profondes et entraîne une diminution de l’oxygène et des nutriments dans ces couches.

L’augmentation de la température de la mer, à laquelle vient s’ajouter celle de l’air, provoque la fonte des neiges, de la banquise arctique, des glaciers terrestres, de l’Antarctique et du Groenland.

Les petits glaciers vont perdre jusqu’à 80% de leur masse

Les glaciers du monde pourraient ainsi perdre jusqu’à plus d’un tiers de leur masse entre 2015 et 2100 (proportion qui s’élève à 80 % pour les glaciers d’Europe, d’Afrique de l’Est, des régions tropicales des Andes et en Indonésie). La fonte des glaciers et des calottes polaires est désormais la première cause de l’élévation du niveau marin.

Le niveau de l’océan s’élève de 3,6 mm par an – contre 1,4 mm au siècle dernier.

Ce qui se traduit par une augmentation des précipitations et des élévations extrêmes du niveau des mers ainsi que des cyclones tropicaux.

Le permafrost dégèle

Le permafrost – la couche de terre gelée qui recouvre environ 20 % de la planète – a entamé son dégel. Véritable ciment de la montagne, sa disparition progressive va entraîner une recrudescence des éboulements et des effondrements de parois rocheuses.

En 2100, dans l’hypothèse où les émissions de gaz à effet de serre restaient ce qu’elles sont aujourd’hui, 70 % du permafrost pourrait avoir dégelé. Ce qui libérerait de très importantes quantités de CO2  – environ deux fois le carbone contenu dans l’atmosphère ! – et de méthane enfouies depuis des millénaires. Une bombe climatique à retardement, en quelque sorte.

Ces sols gelés retiennent également des métaux lourds comme le mercure. Avec le dégel, ils iront polluer les eaux.

En 2100, le niveau de l’océan pourrait avoir monté d’un mètre

Le GIEC a élaboré deux trajectoires d’évolution pour les années à venir.

La première (dit RCP2.6) table sur de faibles émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle est compatible avec l’objectif de l’accord de Paris de limiter à 2 °C le réchauffement global de la planète par rapport à l’ère préindustrielle.

La seconde (baptisée RCP8.5) envisage une utilisation des combustibles fossiles, à un niveau sensiblement égal au niveau actuel. Ce qui continuerait à provoquer de fortes émissions de GES.

Dans le 1er scénario, les projections pour 2100 sont de +0,43 m (intervalle probable : 0,29 m-0,59 m). Dans le second scénario on atteindrait la valeur de +0,84 m (intervalle probable : 0,61 m-1,10 m)

Ce qui aurait de graves conséquences pour les écosystèmes et les populations humaines. 680 millions de personnes vivent dans des zones côtières de faible élévation dont 65 millions dans les petits États insulaires.