Réchauffement climatique : « On va vers des événements sans précédent ! »

Réchauffement climatique
Valérie Masson-Delmotte à la tribune du 14e Forum international de la météo et du climat.

Valérie Masson-Delmotte est une spécialiste réputée du climat. Cette scientifique, chercheuse senior du CEA, est membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) . Elle co-préside le groupe de travail qui s’attache aux bases physiques du climat.

Nous lui avons demandé de commenter le rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) pour l’année 2016. Un document particulièrement alarmant : la moyenne des températures s’est encore élevée par rapport à 2015.

Horizon durable : L’Organisation mondiale de la météorologie a rendu son rapport sur l’année 2016, le 21 mars. Que faut-il en retenir ?

Valérie Masson-Delmotte : L’OMM qui s’appuie sur les travaux de centaines de scientifiques dans le monde confirme le côté exceptionnel du réchauffement de l’année 2016 qui est aussi associé à un recul majeur de l’expansion de banquise aux deux pôles. Un certain nombre de phénomènes particulièrement intenses de vagues de chaleur, de pluies torrentielles et de sécheresses graves. Il souligne qu’on rentre en « territoire inconnu ». C’est-à-dire qu’avec l’effet du réchauffement de long terme, on est en face d’événements qui n’ont pas de précédent L’OMM attire notre attention sur la nécessité de s’y préparer.

Mais comment s’explique ce réchauffement persistant ?

L’année 2016 atteint 1,1° de plus à la surface de la terre par rapport au climat du XIXe siècle, battant ainsi le record de l’année précédente. C’est une année qui s’inscrit dans une tendance de long terme au réchauffement. Tendance qui est due au rejet de nos gaz à effet de serre. En rajoutant des gaz à effet de serre, on piège la chaleur. Elle ne part plus vers l’espace sous forme de rayonnement. Elle reste sur terre et réchauffe les basses couches de l’atmosphère, les océans et les eaux de mer en surface et en profondeur. Ce surplus d’énergie fait fondre la neige, la banquise et les glaciers. Dans un climat qui se réchauffe, on a des évènements météorologiques qui peuvent devenir plus intenses. C’est particulièrement le cas pour les vagues de chaleur. Et pour les pluies torrentielles car une atmosphère plus chaude peut transporter davantage d’humidité.

On peut inverser le cours des choses ?

On est déjà dans une situation qui est en partie irréversible puisqu’on a accumulé de la chaleur dans les océans et que celle-ci sera restituée sur une période de plusieurs siècles. Cette accumulation va nous mener vers un climat qui va rester plus chaud, quoi qu’on fasse.

Avec quelles conséquences ?

Une des questions majeures par rapport aux risques futurs, c’est de savoir à quel moment on risque de déstabiliser les glaces flottantes de l’antarctique, ce qui pourrait enclencher un écoulement accéléré de certaines parties de la calotte que ce soit la partie est ou ouest. Le dernier rapport du GIEC en 2013 avait souligné que c’était une des incertitudes majeures pour évaluer les risques de montée des mers.

Plusieurs travaux publiés ces dernières années font revoir ce risque à la hausse et montrent que, pour un réchauffement global, de l’ordre de 2 à 3° par rapport au XIXe siècle, on pourrait enclencher ce type de processus. Cela amènerait à quasiment doubler le risque de montée du niveau des mers au cours de ce siècle. Et il y aurait le risque d’une montée de plusieurs mètres supplémentaires sur les siècles suivants.

J’espère que les prochains rapports du GIEC, en particulier celui qui va être présenté sur les océans et les glaces pou 2019 pourra permettre de faire une évaluation de l’état des connaissances à ce moment-là et le porter à l’attention des différents gouvernements.

Aux États-Unis Scott Pruitt, administrateur de L’Environmental Protection Agency (EPA), vient de déclarer que le CO2 n’est pas « un contributeur important » du dérèglement climatique. Il explique ainsi sa position : « Je pense que mesurer avec précision le rôle des activités humaines sur le climat est très difficile et il y a d’énormes désaccords sur le degré de cet impact ». Que pensez-vous de cette affirmation ?

Le dernier rapport du GIEC est très clair et a renforcé les constats précédents : sur la base de l’ensemble des travaux scientifiques publiés dans le monde, les activités humaines sont responsables, selon la meilleure estimation, de l’ensemble du réchauffement depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui avec un effet réchauffant des gaz à effet de serre, un petit peu masqué par l’effet refroidissant des particules de pollution, un effet parasol en quelque sorte. Si l’on prend l’influence humaine à travers le rejet de gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone est responsable à environ 70 % de ce réchauffement récent. Les connaissances scientifiques sont là. Elles ont été exprimées très clairement dans ce rapport du GIEC qui a été approuvé par l’ensemble des gouvernements du monde dont le gouvernement américain de l’époque.

Donc, c’est incontestable ?

Oui, c’est incontestable. C’est de la physique de base. Et c’est aussi le résultat de toutes les analyses faites à ce jour.

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