La réouverture annoncée des établissements scolaires ne fait pas l’unanimité

La réouverture des écoles le 11 mai ne fait pas l’unanimité des scientifiques. ©DR

C’est sans doute l’annonce la plus surprenante du chef de l’État, ce 13 avril. Les élèves vont reprendre le chemin de l’école dès le 11 mai, date à laquelle doit débuter le déconfinement progressif de la population.

« C’est pour moi une priorité car la situation actuelle creuse des inégalités, a déclaré Emmanuel Macron. Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents. »

Or le 12 mars, ce sont ces mêmes enfants qu’il avait jugé bon de mettre à l’abri en priorité en fermant tous les établissements d’enseignement.

Le chef de l’État s’était justifié en ces termes :

« Nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent semble-t-il le plus rapidement le virus même si pour les enfants ils n’ont parfois pas de symptômes. Et heureusement, ils ne semblent pas aujourd’hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C’est à la fois pour les protéger et pour réduire la dissémination du virus à travers notre territoire. »

Ce qui valait en mars ne vaudrait plus en avril ? Car si les enfants et les adolescents représentent un vecteur particulièrement dynamique de la pandémie, il n’est pas opportun de leur permettre de reprendre une vie sociale.

Les enfants auront du mal à respecter les gestes barrière

Et l’on comprend bien pourquoi. Les enfants, surtout les plus petits, auront du mal à respecter les gestes barrière.

Il y a de fortes chances qu’ils ramènent le virus au sein du foyer familial et contaminent les membres les plus vulnérables.

Certes, le déconfinement apparaît aujourd’hui nécessaire. Pour des raisons sanitaires.

Contre le Covid-19, il n’y a ni traitement, ni vaccins. Dans l’immédiat, l’immunité de groupe reste la seule issue. Tant que 60% de la population française n’aura pas été en contact avec le virus, la pandémie continuera de s’étendre.

L’ immunité de groupe est encore loin

Le confinement a permis de ralentir le rythme de la contagion. Évitant ainsi que le système hospitalier ne finisse par être submergé. Mais le corollaire de cette stratégie, c’est que l’immunité collective stagne.

Une récente étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’Inserm, estime que cette immunité se situe entre 1 et 6%. (1)

Il faut donc desserrer progressivement les contraintes tout en veillant à ce que la pandémie ne rebondisse pas au-delà des capacités du système hospitalier.

Les scientifiques contestent le choix présidentiel

L’étude de l’Inserm a passé en revue différents scénarios de sortie. Dans tous les cas de figure, elle considère qu’il est nécessaire de garder fermés les crèches et les établissements scolaires.

Une opinion partagée par le président du Conseil de l’ordre des médecins, Patrick Bouet qui a estimé dans un entretien au Figaro que la décision présidentielle « révèle un manque absolu de logique ».

Ou encore Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié Salpêtrière à Paris. « “Ce qui m’a le plus surpris, c’est le fait que l’on commence à déconfiner par les écoles a commenté le médecin sur le plateau de C dans l’air. Parce que normalement c’est le sens inverse. Normalement ce genre d’épidémie peut s’amplifier dans les écoles”.

Il faut encore mentionner le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy. Entendu par la mission d’information parlementaire sur le Covid, ce professeur de 71 ans a expliqué qu’on manquait de données sur la transmission du virus entre les enfants et les adultes. Et que pour sa part il ne verrait pas ses petits-enfants pendant le déconfinement…

Injonction du Medef

À l’Assemblée et au Sénat, des voix se sont élevées pour dénoncer une logique économique derrière la décision présidentielle.

« Sans tests ni masques, qui va remettre ses enfants à l’école si ce n’est ceux qui sont contraints à des raisons professionnelles, a lancé au au Premier ministre le député FI Alexis Corbière. Bref, on a le sentiment que vous répondez à une injonction de la part du Medef qui nous dit “business d’abord” alors que l’aspiration des Français c’est “santé d’abord”

L’école, une garderie ?

La sénatrice communiste, Céline Brulin n’était pas en reste. Interpellant le ministre de l’Éducation nationale, l’élue de Seine-Maritime a conclu par cette formule : « Je crains que les Français qui pensent aujourd’hui qu’on veut instaurer un système de garde de leurs enfants pour que les salariés, les parents salariés, travailleurs, retournent plus vite à la production, soient renforcés par la manière dont vous concevez ce déconfinement. »

Le ministre de l’Éducation nationale a promis des mesures sanitaires et des masques – dans l’hypothèse où il y en aurait à disposition. Pas sûr que cela suffise à rassurer parents et élèves.