Tignes invente le ski en boîte et fâche les montagnards

ski Tignes
Voici ce que donnerait le projet de ski dôme rapporté à une remontée ordinaire ©association « Non au ski line de Tignes »

Pour contrer les effets du réchauffement climatique, le maire de Tignes, Jean-Christophe Vitale, a imaginé de construire une piste de ski en intérieur, sur les pentes mêmes de la station. Le projet a suscité les protestations d’une large part des habitants de la commune et du milieu montagnard. Il est considéré contraire à toute éthique et sa rentabilité reste à démontrer. Le maire a refusé d’organiser un référendum sur le projet. Et les investisseurs hésitent.

Quand ils ont appris la nouvelle, à l’automne dernier, Les habitants de la station de Tignes, juchée à 2100 mètres d’altitude en Haute Tarentaise (Savoie), ont d’abord crû à un canular. Mais non, leur maire entendait bien construire sur les pistes un ski dôme. Comme à Madrid, La Haye, Manchester et Dubaï. Une structure fermée, en béton verre et métal, de 456 m de long sur 50 m de large pour 15 m de haut, soit la hauteur d’un immeuble de 5 étages.

Baptisée Ski line, le bâtiment doit être implanté au Val-Claret, sur le stade de slalom de l’école de ski. Dans l’esprit de l’équipe municipale, il s’agit de garantir aux visiteurs la possibilité de skier 365 jours sur 365, comme le revendique la station depuis sa création, voici une soixantaine d’années.

Contrer le réchauffement climatique

Longtemps, c’est le glacier de la Grande motte, en surplomb de la station à 3 500 mètres d’altitude, qui a permis de tenir cette promesse. Mais avec le réchauffement climatique, celui-ci a perdu 30 % de sa surface (soit 40 mètres d’épaisseur sur les 30 dernières années). Et les prévisions ne sont guère optimistes.

D’un coût de 63 millions, le Ski line inclut également, dans sa partie basse, un bassin à vagues destiné aux surfers. Un village du Club Méditerranée  est en construction à proximité immédiate. Il offrira de 1 050 lits.

Ce déconcertant projet de ski indoor a suscité l’hostilité d’une majorité de la population qui s’est regroupée en association « Non au Ski line de Tignes ». Une pétition contre le projet, ouverte aux seuls habitants de Tignes, a recueilli 1 500 signatures sur les 2 500 habitants de la commune.

Un projet absurde

Pour Jean-Louis Monjo, le président de l’association, le Ski line va à rebours des attentes des touristes. Ancien entraîneur de ski, cette figure de la vie locale ne comprend pas comment le maire, Jean-Christophe Vitale, a pu songer à pareille solution :

« On vient en montagne pour être au contact de la nature, pas pour s’enfermer. C’est le monde à l ‘envers. Ce projet est une erreur sur le plan éthique, architectural et économique ».

Un sentiment partagé par l’ensemble du milieu montagnard. Ainsi Mountain Wilderness, association très écoutée, s’est prononcée contre le projet dans lequel elle voit

« le stade ultime de l’absurdité, de l’anti-montagne absolu : nier la montagne sur son propre territoire ! »

En novembre dernier, la commission Unités touristiques nouvelles (UTN) du comité de massif Alpes, présidée par le préfet de la région PACA, a cependant donné son aval.

La population de Tignes ne sera pas consultée

L’association de Jean-Louis Monjo a formulé un recours gracieux. Le préfet n’a pas donné suite. Reste désormais la voie du contentieux administratif. Jean-Louis Monjo et ses amis ont envisagé cette éventualité. Mais, la mort dans l’âme, ils viennent de renoncer :

« Nous n’avons pas les moyens financiers d’entamer ce type d’action. Cela suppose une équipe de juristes et d’experts. La procédure sera longue. C’est au-dessus de nos capacités. »

Côté Mairie – où l’on s’est refusé à tout entretien avec Horizon durable – la volonté de concertation semble absente. Ainsi, la proposition d’organiser un référendum local a été écartée. Seule concession, l‘architecture du ski dôme a été légèrement remaniée. Semi enterré, le bâtiment ne dépassera plus du sol que d’une dizaine de mètres contre quinze auparavant.

Rentabilité aléatoire

Pourtant, il n’est pas dit que le projet soit mené à son terme. Le financement n’est pas encore bouclé. Et l’hostilité de la population n’est pas pour rassurer les investisseurs. D’autant qu’il leur est demandé de provisionner 8 millions d’euros pour démonter le ski line dans l’hypothèse où la rentabilité ne serait pas au rendez-vous.

C’est d’ailleurs la plus grande incertitude qui pèse sur le projet. La Société du Téléphérique de la Grande Motte, la STGM, filiale de la Compagnie des Alpes (CDA) qui gère le domaine skiable de Tignes ainsi que 14 autres des plus grands domaines skiables des Alpes, a lancé une enquête sur la fréquentation espérée du Ski line. La fréquentation moyenne instantanée serait de 150 personnes, les jours de grand mauvais temps, et encore s’agirait-il d’enfants que les parents chercheraient ainsi à occuper.

En France, la seule structure de ce type, à Amnéville près de Metz a été épinglée en 2016 par la Cour des Comptes. Les magistrats ont estimé que l’installation était « structurellement déficitaire ». Crée en 2005, le Snowhall (620 mètres de long, 35 de large, pour un dénivelé de 90 mètres) n’avait pourtant coûté que 20 millions d’euros, à comparer avec les 63 millions d’euros du projet tignard.

Dernier obstacle, enfin, la fermeture de la station pendant l’intersaison

« Le maire oublie que les commerçants ont besoin de se reposer, reprend Jean-Louis Monjo. Pendant 5 mois, ils travaillent 7 jours sur 7. La station ferme le 8 mai prochain et tout le monde est impatient de souffler. L’activité générée par le Ski line resterait, de toute façon, insuffisante pour justifier une fermeture différée des commerces ».

L’ouverture au public du Ski line est toujours prévue pour la saison 2019.

5 Commentaires

  1. et pourquoi pas. Cela existe à Amnéville l’équipe de france est venue s’y entraîner, le club des sports de val d’Isère y vient régulièrement. Ce snow hall ne désemplit pas de l’année. J’habite dan la région. Et si le réchauffement se confirme, les montagnards qui hurlent aujourd’hui seront peut être bien contents de pouvoir exercer leur activité dans quelques années quand la neige fera défaut dans cette structure.

  2. Si ce projet est réel , il est scandaleux !
    Vive l’ecologie!
    Ça va dans le sens de la protection de la planète…..
    ??????
    Et quelle esthétique !
    Minable tout ça !

  3. Comment peut-on même penser à faire construire un ce bloc immonde au milieu de ci belles montagnes, de la nature !!!
    Arrêtez ce projet Monsieur le Maire, s’il vous plait

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