L’avenir en commun de la gauche et des écologistes se fait désirer

L’écologie a le vent en poupe. À Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Toulouse, Marseille, Grenoble, les candidats écologistes, soutenus par la gauche, sont en position de l’emporter.

Une dynamique qui, paradoxalement, réveille la question de l’union à gauche. Sans le renfort des voix écologistes, cette dernière ne peut prétendre incarner une alternance nationale. Aux dernières élections européennes, toutes familles confondues, elle avoisinait les 20 %. De leur côté, les écologistes ne pèsent pas suffisamment pour faire cavalier seul. Il faut donc s’entendre.

Une université d’été de toute la gauche et des écologistes

C’est à ce chantier que le secrétaire national d’Europe écologie les verts, Julien Bayou, s’est attelé depuis plusieurs semaines. Il tente de mettre sur pied une université d’été qui rassemblerait les écologistes et la galaxie de la gauche. Mais les contentieux se multiplient.

Mardi 19 mai, une première réunion en visioconférence a rassemblé les représentants du parti communiste, de Génération.s, du Parti socialiste, du Parti radical de gauche, de la Gauche républicaine et socialiste (Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Lienemann) très proche de la France Insoumise. S’y ajoutaient les amis de Christian Paul, chef de file des frondeurs socialistes sous la précédente législature, et ceux de Corinne Lepage (Cap 21), l’ancienne ministre de l’Environnement d’Alain Juppé.

Clash Mélenchon-Bayou

La France insoumise n’a pas souhaité se joindre à cette réunion. Car les relations entre Jean-Luc Mélenchon et Julien Bayou sont plutôt fraîches depuis un violent échange par médias interposés voici plus d’un mois.

Courant avril, le secrétaire national des verts a en effet proposé, en concertation avec Yannick Jadot, l’organisation d’un Grenelle du monde d’après qui réunirait l’ensemble des acteurs politiques et sociaux du pays. Le secrétaire national d’Europe écologie les verts a suggéré que cette conférence se tienne sous la houlette du Premier ministre.

Il n’en fallait pas plus pour que la France insoumise dénonce, dans cette proposition, un premier pas vers l’union nationale dont rêve le président de la République. « Ce n’est pas seulement un compromis dont il est question, ni même de compromission, a commenté Jean-Luc Mélenchon sur son blog. Il faut tout simplement renoncer à être soi-même au profit d’un programme commun conclu entre la chèvre et le chou. »

Union nationale

La réplique n’a pas tardé. Dans une lettre ouverte publiée dans le Journal du dimanche

« Nous proposons non pas une coalition politique, mais un dialogue social de grande envergure sur l’avenir du pays. Un Grenelle du monde d’après. Ce n’est pas la même chose. Nous proposons de réunir dans une négociation large l’ensemble des acteurs politiques et sociaux du pays (…) Nous ne voulons pas attendre la prochaine élection présidentielle pour que la politique menée change. (…) Nous voulons réorienter maintenant le cours des choses. Sans attendre une élection que tu as déjà perdue à deux reprises mais qui t’obsède au point d’obstruer ta lucidité. »

Après cet épisode, la proposition d’une université d’été commune à la gauche et aux écologistes ne pouvait donc que rendre méfiant le chef de la France insoumise.

Olivier Faure à la manœuvre

Car le projet vient de loin. Olivier Faure, le premier secrétaire du parti socialiste ne s’en cache pas, c’est lui qui a soufflé à Julien Bayou l’idée de cette rencontre estivale.

Dès lors, comment le chef de la France insoumise ne verrait-il pas dans cette initiative la tentative de constituer un front contre lui et son mouvement ?

D’autant que le PS fait feu de tout bois pour isoler la France insoumise. Le 13 mai, avec la tête de liste d’EELV aux Européennes de 2019, Yannick Jadot, Olivier Faure a lancé un appel intitulé « Au cœur de la crise, construisons l’avenir ». Un texte signé par 150 personnalités de gauche. Mais aucune de la France insoumise. Éric Coquerel, député FI de Seine-Saint-Denis s’en est ému devant les caméras de Public Sénat :

« Il y a des gens à qui on demande et d’autres gens à qui on ne demande pas, donc manifestement certains n’avaient pas envie de s’embarrasser de ce que nous représentons.C’est dommage parce que 7 millions d’électeurs et le poids que nous avons c’est pas mal.”

Union à géométrie variable pour les municipales

Le second tour des élections municipales, le 28 juin, ne va pas clarifier les choses. Car, sur le terrain, la stratégie des uns et des autres varie. Et jusqu’au 2 juin, date limite pour le dépôt des listes, l’unité de la gauche et des écologistes reste à géométrie variable.

Ainsi, à Bordeaux, la liste de l’écologiste Pierre Hurmic, soutenu par le PS, le PC, le PRG, Génération.s, Place publique) est en mesure de l’emporter sur celle de Nicolas Florian, le successeur d’Alain Juppé. Mais le maintien de Philippe Poutou, candidat du NPA soutenu par la France insoumise, pourrait bien faire trébucher Hurmic dans sa conquête de l’hôtel de ville.

À Marseille, la liste du Printemps marseillais, conduite par Michèle Rubirola, exclue d’Europe écologie les verts pour avoir privilégié le rassemblement avec la gauche – y compris la FI – dès avant le premier tour, est en tête. La tête de liste des verts, Sébastien Barles, vient de lui apporter son soutien. Mais ses troupes l’ont désavoué, estimant qu’il était trop tôt pour se rallier.

À Toulouse, Antoine Maurice, qui conduit la liste Archipel (EELV, France insoumise et des dissidents PS) est bien placé pour l’emporter. La candidate du PS, Nadia Pellefigue (soutenue par le PS, le PRG et le PCF) est en mesure de se maintenir, ce qui hypothéquerait la victoire de Maurice. Pour se désister, elle exige la présidence de la métropole de Toulouse.

À Grenoble enfin, l’écologiste Éric Piolle est en passe de l’emporter, avec l’appui de la FI contre la liste socialiste.

À l’évidence, le grand rassemblement de la gauche et des écologistes n’est pas pour tout de suite.

 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


trois × quatre =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.