Qui portera l’urgence écologique maintenant ?

Urgence écologiqueCe sera donc l’une ou l’autre. Chacun se déterminera selon sa perception des enjeux. Les arguments sont connus à force d’être répétés de scrutin en scrutin. Soit le vote barrage, soit le refus de la reconduction d’une politique qui a conduit précisément à cette impasse, soit encore le vote d’adhésion en faveur de l’un des deux candidats.

Ces deux prochaines semaines, on jouera sans doute à se faire peur, on ne manquera pas d’instruire quelques procès en trahison et l’on fera assaut de culpabilisation.

Un jeu de postures classique après une campagne qui ne le fut certainement pas. Que le principal artisan de la politique dont l’échec a contraint le président sortant à se représenter arrive en tête du premier tour n’est pas le moindre paradoxe de cette affaire. Éditorialistes, essayistes et historiens nous livreront certainement les clés de ce retournement. S’il sera plaisant de confronter les hypothèses, cela n’éclaire guère l’avenir immédiat.

Nous ne considérons pas, à Horizon durable, que la politique environnementale soit le prisme à travers lequel doive se lire la politique. Il pourrait bien se trouver un pouvoir irréprochable sur ces questions, mais profondément inconséquent quant à la préservation des libertés fondamentales, la redistribution des richesses ou la solidarité nationale. L’histoire l’a montré.

En revanche, nous pensons que l’humanité est aujourd’hui en situation de péril immédiat : le réchauffement climatique, la pollution de l’air et de l’eau, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les nanoparticules, le nucléaire menacent son avenir. Par conséquent, tout projet politique qui ne reprend pas à son compte cette urgence écologique est voué à l’échec. Face aux déplacements de populations, aux crises sanitaires, à la ruine d’économies entières, que pèseront les joutes sur le coût du travail ou la charge de la dette ?

Le vieux monde ne peut continuer de faire semblant de regarder ailleurs. C’est chaque jour que nos concitoyens s’empoisonnent, développent les pathologies qui abrégeront leur espérance de vie. Oui, les réalités de la nature sont autrement plus impitoyables que la cruelle loi d’airain des marchés.

Toute mollesse, tout déni face à ce péril nous condamne.

Sous cet angle, les candidats du second tour, comme nous l’avons déjà écrit, ne sont certainement pas les plus impliqués dans ce combat pour l’humanité. Ceux qui l’étaient davantage n’ont pas réussi à rassembler suffisamment de voix, c’est ainsi.

À l’évidence, la partie se joue maintenant ailleurs. À l’Assemblée où il s’agira de porter un maximum de représentants conscients de l’urgence environnementale et décidés à agir. Des élus qui sauront, par exemple, amplifier la portée de la loi sur la transition énergétique qui restera sans doute comme le meilleur de ce quinquennat.

La recomposition politique qu’entraîne la disparition des deux grandes familles qui ont structuré la politique française (les gaullistes et les socialistes) et, à l’inverse, l’émergence de deux forces nouvelles (En Marche et la France Insoumise) ouvre bien des possibles. À chacun de nous, citoyenne et citoyen, de s’emparer de ce moment. D’imposer que notre choix pour la planète et l’humanité prenne le pas sur les jeux politiciens et le bal des revenants.