Volet écologique du plan de relance : ça reste insuffisant

Le Premier ministre Jean Castex a présenté le plan de 100 milliards pour relancer l’économie française. ©Horizon durable

30 milliards en faveur de la transition écologique. Pour Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, c’est « un pas de géant pour la transition écologique de la France. »

Certes, ce n’est pas rien. Mais est-ce vraiment suffisant ?

En consacrant près d’un tiers des 100 milliards du plan de relance aux solutions vertes, le gouvernement opère incontestablement ce qu’il appelle lui-même un « verdissement de l’économie ».

Ces investissements vont s’étaler sur deux ans. Ils doivent permettre d’être en cohérence avec les objectifs définis par l’accord de Paris en 2015.

Sans surprise, les transports se voient affecter la plus grosse part de l’enveloppe. 11 milliards dont 4,7 pour le seul ferroviaire. Il s’agit de relancer les petites lignes, les trains de nuit et le fret. Bref, tout ce que la réforme ferroviaire a détruit en juin 2018.

1,2 milliard ira aux transports du quotidien (dont 300 millions pour le vélo qui viendront ainsi s’ajouter aux 50 millions déjà débloqués).

Un million de voitures électriques en 2022

Les véhicules électriques ne sont pas oubliés. 1,9 milliard est affecté aux aides à la conversion. 100 M€ sont prévus pour déployer 100 000 bornes de recharges d’ici fin 2021. Elles devraient alimenter un million de voitures électriques à la fin 2022.

Deuxième chantier, par ordre d’importance : la rénovation énergétique. 7,5 milliards dont 4 pour les bâtiments publics (lycées, collèges équipements sportifs…)

Deux milliards seront utilisés pour la rénovation des logements des particuliers, grâce au dispositif « Ma prime renov ». Cette aide s’adressait jusque-là aux ménages aux revenus modestes. Elle sera étendue à tous les Français au 1er janvier 2021,

Le pari de l’hydrogène

C’est la vrai nouveauté de ce plan : le gouvernement fait le pari de la filière hydrogène. Objectif, assurer grâce aux piles à hydrogène une autonomie de plusieurs centaines de kilomètres aux véhicules électriques. 2 milliards y sont consacrés aujourd’hui et 7 milliards sont annoncés jusqu’en 2030. Reste à déterminer dans quelles conditions cet hydrogène sera produit. Si c’est à partir d’énergies fossiles, on ne pourra considérer qu’il s’agit là d’une énergie verte…

Enfin, 1,2 milliard d’euros sera consacré à la décarbonation de l’industrie et 500 millions viendront renforcer l’économie circulaire (recyclage, déchets).

Mais que se passera-t-il en 2022, à la fin des mesures de relance ? Le gouvernement affirme que la France aura retrouvé le niveau de richesse d’avant la crise. Acceptons en l’augure un instant : cela ne suffira pas pour transformer notre modèle économique. Les ONG environnementales concordent sur ce point.

Des mesures insuffisantes pour les ONG

Pour le Réseau action climat : « le bornage à deux ans des aides à la transition » ne permettra pas aux « filières d’avenir de s’implanter de manière pérenne ».

De son côté, le Cler réseau pour la transition énergétique estime que

« cela reste encore insuffisant, sur les montants, la durée et dans les modalités précises de mises en œuvre. »

Quant aux Amis de la terre , ils mettent le doigt sur les contradictions du plan :

“les potentielles avancées entraînées par les investissements ‘verts’ du plan de relance risquent d’être rapidement annulées par toutes les aides supplémentaires prévues dans les secteurs polluants, sans aucune contrepartie. Hier encore, on apprenait que Bpifrance, qui se voit dotée de 2,5 milliards d’euros dans le plan de relance pour devenir ‘la banque du climat’ s’apprêtait à soutenir Total pour un immense projet gazier dans l’Arctique russe. »

Remarque que l’on pourrait étendre au nucléaire. Le plan alloue en effet 470 millions à ce secteur alors que la part du nucléaire dans le mix énergétique doit être ramenée à 50% dans les prochaines années (contre environ 70% aujourdhui).

Enfin, la réduction des impôts de production de 20 milliards d’euros sur sur deux ans, prévue par le plan de relance  sans contreparties environnementales, fait bondir  Oxfam :

“Baisser aveuglément les impôts de production, c’est donner les mêmes marges de manœuvre à une entreprise solidaire et un gros pollueur, sans se poser la question de quelle réindustrialisation nous souhaitons.

C’est aux députés puis aux sénateurs qu’il appartiendra de corriger corriger ce plan. Le texte devrait être examiné en octobre.